CHAPITRE LIV
Origine et doctrine des Paullciens. Persécutions qu'ils essuyèrent de la part des empereurs grecs. Leur révolte en Arménie, etc. Ils sont transplantés dans la Thrace. Propagation de leur doctrine en Occident. Germes, caractères et suites de la réforme.
JLe christianisme avait pris, chez les diverses na- Indolente
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lions ({LU l embrassèrent , la temte de leur caractère de l E^^iise particuher. Les naturels de la Syrie et de TÉg^ypte S*^**^*!"*se livrèrent à l'indolence d'une dévotion contemplative : Rome chre'tienne voulut encore gouverner le monde , et des discussions de the'ologie métaphysique exercèrent l'esprit et la loquacité ,des Grecs. Au lieu d'adorer en silence les mystères incompréhensibles de la Trinité et de l'Incarnation , ils agitèrent avec chaleur des controverses subtiles qui étendirent leur loi peut-the aux dépens de leur charité et de leur raison. Les guerres spirituelles troublèrent la paix et l'unité de l'Église, depuis le concile de Nicée jusqu'à la fin du septième siècle ; et elles ont tellement influé sur la décadence et la chute de l'empire , que je me suis vu trop souvent xr. I
obligée de suivre les conciles , d'examiner les symboles , et de dénombrer les sectes de cette période orageuse des annales ecclésiastiques. Depuis le commencement du huitième siècle jusqu'aux derniers temps de l'empire de Constantinople , le bruit des controverses ne se fit plus entendre que rarement ; la curiosité était épuisée , le zèle fatigué, et les décrets de six conciles avaient irrévocablement fixé les articles du symbole catholique. L'esprit de dispute , quelque frivole et quelque pernicieux qu'il puisse être , exige du moins quelque énergie et l'exercice de quelques facultés intellectuelles ; et les Grecs avilis se contentaient alors de jeûner, de prier et d'obéir aveuglément à leur patriarche et à son clergé. La Vierge et les saints , les reliques et les images, les miracles et les visions, furent les objets des sermons des moines et de la dévotion du peuple , et l'on peut sans injustice comprendre ici , sous le nom de peuple , les premières classes de la société. Les empereurs de la dynastie isaurienne entreprirent d'éveiller leurs sujets dans un moment défavorable et par des moyens un peu rudes ; la raison put faire alors quelques prosélytes ; un beaucoup plus grand nombre fut subjugé par l'intérêt ou la crainte; mais l'Orient défendit ou regretta ses iraao^es, et leur rétablissement fut célébré comme la fête de l'orthodoxie. Dans ce temps de soumission passive et uniforme , les chefs de TEglise se trouvèrent affranchis du travail ou privés des plaisirs de la superstition. Les païens avaient disparu; les Juifs
ï)E l'f.mpiPxE romain, ciiap. liv. 3
demeuraient dans le silence et l'obscurité ; les disputes avec les Latins , devenues rares , n'étaient que des hostilités lointaines contre un ennemi national, et les sectes de l'Egypte et de la Syrie jouissaient de la tolérance à l'ombre dés califes arabes. Vers le milieu du septième siècle , la tyrannie spirituelle choisit pour victimes les pauliciens, dont la doctrine est une branche du manichéisme ; on épuisa leur patience ; on les poussa au désespoir et a la rébellion , et , dispersés en Occident , ils y répandirent les germes de la réforme. Il me sera permis , vu l'importance de ces événemens , d'entrer dans quelques détails sur la doctrine et l'histoire des PAULICIENS (i) ; et comme ils ne peuvent plus se défendre , l'impartialité et la bonne foi m'obligeront à faire valoir le bien et à atténuer le mal qu'en ont dit leurs adversaires.
Les gnostiques qui avaient troublé l'enfance de Orfgînedes l'Église, furent enfin accablés du poids de sa puis- ri;ÏÏ;S"de sance et de son autorité. Loin de pouvoir ég^aler ou ^'''L^''*"!;
surpasser les catholiques en richesses , en savoir et *''•
(i) Le savant Mosheim examine avec sa justesse et sa bonne foi ordinaires les erreurs et les vertus des pauliciens {Hist. eccles. seculum ix , p. 3ii , etc.). Il tire les faits de Photius [contra Manichœos , 1. i ) et de Pierre le Sicilien (^Hist. Manichœorum). Le premier de ces ouvrages n'est pas tombé entre mes mains; j'ai lu le second, que préfère Mosheim , dans une version latine insérée dans la Maxima Bibliotheca Patvum ( t. xvi, p, 764-764) , d'après l'édition du jésuite Raderus ( Ingohtadt, i6o4> in-4».).
en nombre , les faibles partisans que conservait cette secte furent chasses des capitales de l'Orient et de l'Occident, et rele'gue's dans les villages et les montagnes situe's sur les rives de l'Euphrate, On aperçoit au cinquième siècle quelques traces des marcionites (i); mais tous les sectaires furent enfin confondus sous la dénomination de maniche'ens : ces hérétiques ,qui osaient vouloir concilier les doctrines de Zoroastre et de Jésus-Christ , étaient persécutés par les deux religions avec un égal acharnement. Pendant le règne du petit-fils d'Héraclius et aux environs de Samosate , plus célèbre par la naissance de Lucien que par l'honneur d'avoir donné son nom à un royaume de Syrie, on vit paraître un réformateur que ses disciples, les pauliciens , regardèrent bientôt comme un missionnaire élu du ciel pour annoncer la vérité , digne de la confiance des hommes. Ce réformateur, nommé Constantin, avait reçu dans sa modeste habitation de Mananalis , un diacre qui revenait de la Syrie où il avait été captif, et qui lui avait donné le nouveau Testament, présent inestimable que la prudence du clergé grec et peut-être des prêtres gnostiques, cachait déjà aux regards du vulgaire (2). Ses études se bornèrent à cette lecture; il
(i) Au temps de Théodoret, le diocèse de Cyrrhus, en Syrie , contenait huit cents villages : deux de ces villages étaient habités par les ariens et les eunomiens , et huit par les marcionites, que le laborieux évêque réunit à l'Eglise catholique. (Dupin, Biblioth. ecclés.^ X. iv, p. 81 , 82. )
(2) N obis prof unis ista {^iacra Evangelia ) légère non Ucet ,
me l'empire romain, cti.vp. hv. 5
en fit la règle de sa foi , et les catholiques, qui contestent ses interpre'tations, avouent que les textes cites par lui sont purs et authentiques. Mais il s'attacha, avec une de'votion particulière , aux e'crits et au caractère de saint Paul : les ennemis de la secte qu'il a forme'e font dériver le nom de pauliciens de celui de quelques-uns de leurs obscurs prédicateurs; mais je suis persuadé qu'ils l'avaient pris comme un glorieux témoignage de leur affinité avec l'apôtre des gentils. Constantin et ses élèves représentaient , disaient-ils, Tite, Timothée, Sylvanus, Tychichus, les premiers disciples de saint Paul ; ils donnèrent 'a leurs congrégations, dans l'Arménie et laCappadoce, le nom des églises fondées par les apôtres, et cette innocente allusion ranima le souvenir et l'exemple des premiers âges de l'Eglise. Ce fidèle disciple de saint Leur r.ible. Paul chercha dans les Epîtres ainsi que dans l'Evangile, le symbole des premiers chrétiens ; et quoi qu'il ait pu résulter de ses recherches , tout protestant applaudira du moins à l'esprit qui les a dictées. Mais si le texte des Ecritures adoptépar les pauliciens était pur, il n'était pas complet. Leurs premiers docteurs rejetaient les deux Epîtres de saint Pierre ( i ), l'apôtre
scd sacerdotibus duntaxat; tel fut le premier scrupule d'un catholique à qui on conseillait de lire la Bible. (Pierre le Sicilien , p. 761. )
(1) Les pauliciens ont, pour rejeter Xdi seconde Epitre de saint Pierre, l'autorité de quelques-uns des écrivains les plus respectables , soit parmi les anciens ou parmi les mo-
de la circoncision ; ils ne lui pardonnaient pas d'avoir soutenu contre leur favori l'observance de la loi mosaïque (]). Ainsi que les gnostiques, ils me'prisaient tous les livres de l'ancien Testament , parmi lesquels ceux de Moïse et des prophètes avaient e'té consacres par les décrets de l'Église catholique. C'e'tait avec la même hardiesse et sans doute avec plus de raison que Constantin, le nouveau Sylvanus, rejetait ces visions publiées par les sectes orientales dans de si pompeux et si énormes volumes (2); ces productions
dernes. ( Voyez Wetstein, ad loc, Simon , Jîist. crit. du Nouveau Testament, c. 17). Les pauliciens dédaignaient aussi ^Apocalypse ( Pierre le Sic, p. ySô) ; mais puisque les contemporains ne leur en firent pas un crime , il faut que les Grecs du neuvième siècle aient mis peu d'intérêt aux révélalions.
(i) Cette dispute , qui n'a pas échappé à la malignité de Porphyre , suppose de l'erreur ou de la passion dans l'un ou l'autre des apôtres, ou peut-être dans tous les deux. Saint Chrysostôme, saint Jérôme et Erasme la donnent pour une querelle supposée, une fraude pieuse, imaginée pour instruire les gentils et corriger les Juifs {^Middletons JVorhs ^ vol. II , p. 1-20).
(2) Le lecteur qui désirera des détails sur tous les livres hétérodoxes , peut consulter les recherches de Beausobre (^Hist. critique du Manichéisme , t. i, p. 3o5-437). Saint Augustin , parlant des livres manichéens qui se trouvaient en Afrique , dit ; Tarn multi, tam grandes, tam pretiosico" diccs ( contra Faust. , xiii , 1 4 ) j mais il ajoute sans pitié : inccndite omnes illas membranas , et on suivit sou conseil à la rigueur.
DE l'empire rqm\tn. ctiap. liv. >)
fabuleuses des patriarches he'breux et des sages de l'Orient ; ces Evangiles, ces Epîtres et ces actes supposés sous lesquels , au premier siècle de l'Église, se trouvait enseveli le code orthodoxe : il rejetait de plus la théologie de Manès , les hérésies qui y avaient quelque rapport, et les trente classes d'^Eons qu'avait créées la fertile imagination de Valentin. Les pauliciens condamnaient sincèrement la mémoire et les opinions des manichéens; et ils se plaignaient de l'injustice de leurs adversaires, qui chargeaient de ce nom odieux les disciples de saint Paul et de Jésus- Christ.
Les chefs des pauliciens avaient brisé plusieurs Simplicité
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anneaux de la chame ecclésiastique; ils avaient tnne et de étendu leur liberté en réduisant le nombre des maîtres qui asservissent la profane raison à la voix des mystères et des miracles. La secte des gnostiques s'était formée avant l'établissement public du culte catholique , et, outre le silence de saint Paul et des évangélistes , l'habitude et la haine préservèrent les pauliciens des innovations qui s'introduisirent peu à peu dans la discipline et la doctrine de l'Eglise. Les objets transformés par la superstition se montraient à leurs yeux sous leur véritable forme. Une image descendue du ciel n'était à leurs yeux que l'ouvrage d'un mortel , dont le talent seul pouvait donner quelque valeur au bois ou à la toile qu'il avait employée. Ils vegardaient les reliques miraculeuses comme des ossemens et des cendres inanimées, dénuées de vertu , et peut-être étrangères à la personne à qui