ET DE DI VERNEY
longtemps à l'attention des anatomistes, et de Vésale par conséquent ; d'autant que, dans le l'œtus, le canal est très-largement ouvert, que, bien qu'oblitéré plus tard, il forme néanmoins un corps très-épais, et, enfin, que Galien en a parlé, quoique, à la vérité, en très-peu de mots : verbis paucissimis tamen \
Vous vous étonnez, lui répond Vésale, que les anatomistes ne fassent aucune mention du canal qui unit la veine arlérieuse à la grande artère ; et, à ce sujet, vous citez un passage de Galien, tiré du livre XV de V Usage des parties. Mon cher Fallope. ce passage ne m'a point échappé, et bien moins encore celui-ci du livre VI, dont j'admire que vous ne vous soyez pas souvenu, et où Galien, de même que dans
^ « in arteriarum historiâ illud in niemoiiam veriit, « quod non levem admirationem excitât : 1° quâ ra- « tione factum sit, quod anatomici fore omnes tam negii- « gentor obscrvarint partem illana canalis vel arterioe, qnâ « jungitur veiia arterialis circa basim cordis ipsi aorlae; « cum in fœtu tam aperta paleat, tantusque sit aditus ab « aortâ ad vcnam arterialem... Secundo quia à Galeno in « decimo quinto De usu partium, cap. sexto, aliquof (pau- « cissimis (amen) verbis designatiir. » (Gabrielis Falloppii Observationes anatomicœ : dans l'édition des OEuvres de Vésale, déjà citée, t. II, p. 730.)
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le passage du livre XV, parle non-seulement de cette communication, mais d'une autre placée entre V artère veineuse et la veine cave , et cela, pour peu du moms qu'on veuille bien y appliquer son esprit, ouvertement et fort amplement : aperte et satis prolixe
Vésale convient, d'ailleurs, que, s'étant assez peu arrêté, d'abord, aux ramifications des gros vaisseaux, il n'avait pas remarqué le canal artériel. Mais, depuis, il est revenu au cœur du fœtus ; il l'a ouvert, et aussitôt le trou ovale lui a manifestement apparu Il indique la forme
' « Caeterum (ul ad te redeam) miraris pluiiinum ana- « tomicos nuUam fecisse nienlionem iinionis muluœque « apertioiiis vena} arterialis ad magnam arleriam, Galo- « nique locum ex decimo quinto De usu partium adducis. « iMi Fallopi, hic locus me non latiiit, ac multo minus is, « cujus miror h\c te non meminisse, et quo in sexto De « usu partium, Galenus, perinde ac in decimo quinto, non « tantum hanc unionem, verum et illam, quse arterise « vcnali cum cavâ vcnâ obligit, satis prolixe et (si quis ani- « mum sednlô intendit) apei te commémorât. » (Andreœ Vesalii Opéra. T. 11, p. 7<J8.)
^ « AI quum propagines quasdam, ut veluti vasa quœ- « dam ex uno vase inaliud producta, extra magnorum va- « sorum cavitates parum recte pervesligarem, illam nnio- « nem non reperi... Mox in fœlu, venre cava- caudicem,... « longâ s;'ctione secundum rcctitndiiiem aperui. Mic sese <c tum nihil manilestius inihi obtuiit (jnam maximum ven;n
KT DE DUVERNKY. 47
ovule lie ce grand Irou : ovatà prœditum effigie \ Il étudie le canal artériel ; il l'ouvre^ ; et, toujours les yeux fixés sur le passage de Galien , il admire la manière lumineuse dont Galien en a parlé : miratus fui, quamobrem Galenus hic lam dilucide vasis priva tim meminit, quo venu arterialis in magnam arteriam pertinet *.
D'Aranlius et de Carcanus.
Arantius était élève de Vésale ; Carcanus était élève de Fallope. A peine Vésale et Fallope venaient-ils de jeter, avec tant d'éclat, les premières bases de l'anatomie de l'adulte, qu'Arantius et Carcanus commençaient déjà l'anatomie du fœtus.
Arantius, dans son livre sur le fœtus humain, nous avertit, tout de suite, qu'il ne se propose que de rendre |>lus clair, en Je complétant, ce
« cavœ in venalem arleriarn perlinens forameri... » (T. Il, [). 798.) ' /bld.
^ « Pari artificio, vcnae arterialis caudiceni... longà etiam « sectione pateCeci, caudicisque iliius cum magnà arleriâ « unionem etmutuum foiamen ohservavi. » [Ibid.)
^ « Sedulù Galeni locis nirsus pei iecUs. » ilbid.\
• Jbid.
48 DE LA Cmr.ULATlON DU FCETIIS
que Galien a si bien dit des vaisseaux du cœur du fœtus : quod Galenus oplime declaravit ^ . Carcanus s'exprime comme Arantius ^.
Voilà donc , me direz-vous , un concert d'hommages bien remarquable : Vésale et Fallope disputent à qui proclamera plus haut la découverte de Galien ; Arantius et Carcanus partagent cette grande admiration et la continuent.
Assurément si, après cela, il prend jamais envie aux anatomistes de donner le nom d'un homme à l'une de ces deux choses, le trou ovale ou le trou artériel , au trou ovale , par exemple, ce sera le nom de Galien qu'on lui donnera; on l'appellera le trou Galien.
Point du tout, on l'appelle le trou Botal.
De Botal.
Botal n'était pas précisément un anatomiste. C'était un très-hardi médecin , qui . arrivant
' « Quod cordis vasa, aorta scilicet vcnae arteriali, et vena « cava arterise venali, conjugantur, Galenus oplime decla- « ravit,... sed cum ab ipso non ita perspicuè descripla « fuei iiil, ut facile à minus exercitatis inlelligi possent, ad « ejus senlcnliœ explicationem paucaquoedam addere con- « stilui. » (De humano fœtu, édition de 1595, p. 37.)
^ De vasorum cordis m ftœu unione.
ET DE DL\ER>EY. -i9
à Paris * dans un moment où la FacuUé abusait des purgatifs, ne pouvait guère manquer de faire impression, car il abusait de la saignée ^ ; la Faculté purgeait ses malades à outrance, il saigna les siens sans pitié ; la Faculté se fâcha ^, Botal tint bon : depuis Botal jusqu'à Broussais, tous ceux qui ont tenu bon contre la Faculté sont promptement devenus célèbres.
Botal, disséquant un jour un cadavre sur lequel, ce qui a lieu quelquefois, le trou ovale était resté ouvert, vit ce trou, et s'imagina qu'il venait de faire la plus grande découverte qui pût être faite.
Il y a quelque temps, dit-il, que, méditant sur le dissentiment qui règne entre Galien et Colombo touchant la route que suit le sang à travers le cœur, Galien soutenant qu'il passe par les trous de la cloison mitoyenne et Colombo par Vartère veineuse, j'ouvris un cœur, et tout aussitôt j'aperçus un conduit très-large, allant
' Botal était d'Asti en Piémont.
2 Voyez son traité De curatione per sanguinis missionem.
^ On écrivit beaucoup alors de part et d'autre sur la saignée; et cette lutte même fut très-utile.
80 OH LA CIRCULATION DL FfETUS
directement de l'oreillette droite dans l oreillette gauche, lequel conduit, ou veine, peut à bon droit être nommé la veine nourricière des artères, car c'est par elle que le sang artériel se rend dans le ventricule gauche, et de là dans toutes les artères, et non par la cloison ou i^ryV artère veineuse , comme Galien et Colombo l'avaient pensé ^
Botal se trompe ici sur tout : d'abord, le sang qui passe, par le trou ovale, de l'oreillette droite dans l'oreillette gauche, n'est pas le sang arténel, c'est le sang veineux ; la prétendue veine
' « Diebus iis proxime pei actis, curn] Galenum atque « Columhuin dissentire videiem de viâ, quâ in cor sanguis, « qui per arterias vagatur, fei tur, asserente Galeuo hune « in cor transfundi per parva foraminula cordis septo in- « sita, Columbo vero per alia (Colombo ne dit pas per alia, « mais per arteriosam venam ; et il dit bien : Botal ne s'a- « perçoit même pas combien ici rexactitude importe. « Voy. ch. l^', p. 18) ad arteriam venosam,... cor divi- <( dere occœpi, ubi... salis conspicuum reperi ductum, « juxtà auriculam dexlram, quistatim in sinistram aurem « recto tramite fertur; qui ductus, vel vena, jure arteria- « rum.... nutrix dici potesl, ob id quod per hanc feralur « sanguis arterialis in cordis sinisti um ventriculum, et « consequenter in omnes arterias, non autern per septum, « vel venosam arteriam, utGalenus vel Columbus putave- « runt.» (Botalli Opéra owma, édition de Van Horne, 1660, p. 66.)