‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 122 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

c'était la volonté des dieux et le désir des peuples qu'ils quittassent sur-le-champ leur pays; qu'il le priait de se préparer à partir, sans quoi il craignait tout pour eux de la part de sa nation. Cette proposition et le ton déterminé dont elle fut faite ne permirent pas à Cortès de douter qu’elle ne fût le résuliat de quelque grand projet concerté entre Montézuma et ses sujets. Il comprit sur-le-champ qu’il serait plus avantageux de paraître céder au désir du monarque que de tenter mal à propos de le combattre. Il répondit sans hésiter et sans se troubler qu'il s'était déjà occupé de son retour; mais que, comme il avait détruit les vaisseaux dans lesquels il était arrivé , il lui fallait du temps pour en construire d’autres. On trouva la réponse raisonnable. L'empereur envoya à Vera-Cruz des ouvriers mexicains pour couper des bois sous la direction de quelques charpentiers espagnols, et Cortès se flatta que, dans cet intervalle, il pourrait trouver des moyens de détourner le danger ou recevoir des renforts qui le mettraient en état de le braver.

Près de neuf mois s'étaient écoulés depuis que Porto- Carrero et Montejo avaient fait voile pour . l'Espagne, chargés de ses dépêches et de ses présents. Il attendait tous les jours leur retour et par eux la confirmation de son autorité des mains du roi. Sans cela son état demeurait incertain et précaire ; et, après avoir exécuté tant de grandes choses, sa destinée pouvait être de se voir donner les noms de rebelle et de traître, et d'en subir le châtiment. Quelque étendus et rapides qu’eussent été ses progrès, il ne pouvait pas espérer d'achever la conquête d’un grand empire avec le peu de troupes qui lui restaient, réduites à un bien petit nombre par les travaux et les maladies, ni de recevoir aucun renfort des établissements

espagnols des îles, sans avoir préalablement obtenu du roi l’approbation de tout ce qu’il avait fait jusque-là.

Tandis qu'il était dans .cette cruelle situation, inquiet sur le passé, incertain sur l’avenir, et que ses craintes s’augmentaient encore par la dernière déclaration de Montézuma, la nouvelle arriva à Mexico que quelques vaisseaux paraissaient sur la côte. Cortés se flatta sur-lechamp que Porto-Carrero était de retour d'Espagne et que ses souhaits étaient enfin accomplis. Il fit part de ces heureuses nouvelles à ses compagnons, qui les reçurent avec transport; mais leur joie ne fut pas longue. Un courrier de Sandoval, qui avait succédé à Escalante dans son commandement à la Vera-Cruz, vint instruire Cortès que l'armement avait été fait par Velasquez, gouverneur de Cuba, et qu’au lieu de lui apporter des secours qu'il attendait, il était destiné contre lui-même.

Les motifs qui portaient Velasquez à ce parti violent étaient évidents. Dès l'instant du départ de Cortés, le gouverneur de Cuba avait pu soupçonner en lui le projet de secouer toute dépendance. Ses soupçons se fortifièrent lorsqu'il vit qu’on ne lui rendait aucun compte des opérations, et ils se changèrent en conviction par l’indiscrétion des officiers envoyés par.Cortés à la cour d'Espagne. Porto-Carrero et Montejo, par des motifs que les historiens contemporains ne nous font pas assez clairement connaître, avaient touché à l’île de Cuba contre les ordres positifs de leur général. Velasquez apprit d’eux que Cortés et ses compagnons, après avoir renoncé formellement à toute liaison avec lui, avaient établi une colonie indépendante dans la Nouvelle-Espagne, et qu’ils demandaient au roi une confirmation de tout ce qu'ils avaient fait. Ils Vinstruisirent aussi de la richesse du pays, des magnifi-

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