‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 128 sur 191 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

‘x‘ent assemblés pour danser dans la cour du grand tcmple, il s'empara de toutes les avenues qui y conduisaient, et, tenté par la richesse des ornements dont les Mexicains étaient parés en l'honneur de leurs dieux, et par la facilité de se défaire d’un seul coup des auteurs de la conspiration qu'il craignait, il les avait attaqués désarmés et sans aucune défiance, et en avait massacré un grand nombre, de sorte qu'il ne s'était sauvé que ceux qui avaient pu s'échapper par les toits des bâtiments voisins du temple. Tant de perfidie et de cruauté avait allumé l'indignation et la rage des Mexicains, non-seulement dans la capitale, mais dans tout l'empire. Tous s’excitaient mutuellement à la vengeance, et, bravant le danger qui menaçait leur souverain tant qu’il serait entre ics mains des Espagnols et celui auquel ils s’exposaient eux-mêmes en attaquant un ennemi qui leur inspirait depuis si longtemps une si grande terreur, ils avaient commencé contre les Espagnols l'attaque vigoureuse dont Cortès recevait la nouvelle.

Le danger parut assez pressant au général pour ne permettre ni délibération ni délai. Il partit sur-le-champ de Zempoalla avec toutes ses forces et avec la même promptitude qu’il avait mise à s’y rendre pour aitaquer Narvaés. A Tlascala, il fut joint par deux mille soldats indiens choisis. En entrant sur le territoire des Mexicains, il reconnut que la haine qu’on portait aux Espagnols n’était pas bornée à la seule capitale. Les principaux habitants des villes par lesquelles il passait les avaient abandonnées; aucune personne de marque ne se présentait pour le recevoir avec les témoignages de respect qu'il avait reçus jusqu'alors. Ses troupes ne trouvaient aucune provision. préparée, et quoique rien ne s’opposat à sa mar-

che, la solitude et le silence qui régnaient partout, et l'horreur avec laquelle le peuple paraissait éviter tout commerce avec les Espagnols, étaient bien propres à l'alarmer. Mais les Mexicains, malgré la haine dont ils étaient animés , étaient si ignorants dans l'art de la guerre, qu'ils ne savaient prendre aucune mesure efficace pour leur propre sûreté ou contre leurs ennemis. L'expérience même ne les avait pas éclairés sur la grandeur de la faute qu'ils avaient faite en admettant les Espagnols dans leur capitale; et au lieu de rompre les chaussées et les ponts pour enfermer Alvarado et arrêter Cortès lui-même dans sa marche, ils le laissèrent rentrer dans la ville sans aucun obstacle et prendre paisiblement possession de son ancien poste.

Les transports de joie avec lesquels Alvarado et ses soldats reçurent leurs compatriotes ne peuvent s’exprimer. Les premiers se voyaient délivrés d’un danger pressant; ceux-ci venaient d'obtenir une vietoire signalée. Ce succès enfla tellement le cœur des uns et des autres, que Cortés même, s’en laissant éblouir, oublia en cette occasion et la prudence et l'attention qui lui étaient ordinaires. Non-seulement il négligea de rendre visite à Montézuma, mais il ajouta à cette insulte les expressions du plus grand mépris pour ce malheureux prince et pour toute sa nation. Les forces dont il avait le commandement ‘ai paraissaient invincibles. Il se crut en état de prendre un ton plus haut et de quitter le masque de modération sous lequel il avait jusqu'alors caché ses desseins. Quelques Mexicains, qui avaient appris un peu d'espagnol, entendirent le langage insultant de Cortés et excitérent l’indignation de leurs compatriotes en le leur rapportant. Ils furent alors convaincus que les intentions du général

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