‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 153 sur 191 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

comme ses courtisans les plus élevés par leur naissance ou leur rang.

Cependant, au milieu de ces marques de considération, les traces de la défiance se laissaient apercevoir encore. Quoique Cortés sollicitat vivement son rétablissement dans le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, Charles, trop sage pour confier un emploi si important à un homme qu'il avait soupçonné, refusa de lui donner de nouveau un pouvoir qu'il craignait de ne pouvoir plus borner ou réprimer. Cortés, quoique honoré de nouveaux titres, ne remporta à Mexico qu’une autorité diminuée. On lui laissa le commandement des troupes avec le droit de tenter de nouvelles découvertes; mais toute l'administration civile fut confiée à un conseil, appelé audience de la Nouvelle-Espagne. Dans des temps postérieurs, lorsque l'accroissement de la colonie y rendit nécessaire une autorité unique et plus étendue, Antoine de Mendoza, de la première noblesse d'Espagne, y fut envoyé en qualité de vice-roi, et réunit dans sa personne les deux pouvoirs qu’on avait séparés du temps de Cortès.

Cette séparation même devint la source de dissensions continuelles, de chagrins pour Cortés, et d'obstacles à tous ses projets. Comme il n'avait plus d'occasions de déployer ses talents et d'exercer son activité qu’en tentant de nouvelles découvertes, il forma différents plans d'entreprises de ce genre, qui toutes portent le caractère d’un génie hardi et porté au grand. Il avait toujours cru qu’en s’avancant dans le golfe de la Floride, le long de la côte orientale de l'Amérique septentrionale, on trouverait quelque détroit conduisant à l'océan occidental, ou que dans l'isthme de Darien, mieux connu, on découvrirait quelque communication entre la mer du Nord et

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celle du Sud. Mais ses espérances ayant été trompées dans l’une et l’autre tentative, il se borna aux expéditions qu’on pouvait faire des ports de la Nouvelle-Espagne sur la mer du Sud. Il y arma successivement différentes petites escadres, dont les unes périrent et les autres revinrent sans avoir fait aucune découverte importante. Las de confier à d’autres la conduite de ses opérations, il se mit lui-même à la tête d’un nouvel armement, et après avoir beaucoup souffert et essuyé des dangers de toute espèce, il découvrit la grande péninsule de la Californie, et reconnut la plus grande partie du golfe qui la sépare de la Nouvelle-Espagne. La découverte d’un pays si étendu aurait fait honneur à tout autre qu’à lui, mais elle n'ajouta rien à la gloire de Cortés, et ne satisfit pas les grandes espérances qu'il avait conçues. Dégoûté par de mauvais succès auxquels il n'était pas accoutumé, et las de trouver toujours des oppositions à ses vues, de la part de gens avec lesquels il trouvait honteux pour lui d’être obligé de contester, il retourna une seconde fois en Espagne pour demander ce qu'il croyait lui être dû. Il n'y reçut pas l'accueil que ses services et même la décence seule le mettaient en droit d'espérer. La gloire de ses anciens exploits était déjà en partie oubliée ou éclipsée par celle des nouvelles conquêtes, plus récentes et plus importantes, faites en d’autres parties de l’Amérique. On n’attendait plus rien d'un homme déjà avancé en âge, et qui commençait à être malheureux. L’empereur le reçut poliment, mais froidement. Les ministres le traitèrent tantôt avec légèreté et tantôt avec insolence. Ses plaintes ne furent pas écoutées. Il fit valoir inutilement ses droits. Après avoir perdu plusieurs années à solliciter inutilement les ministres et les magistrats, oc-

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