‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 17 sur 191 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

la Providence préparait comme des instruments destinés

à renverser le grand édifice de la puissance rom. e, com-

mencèrent à rassembler leurs armées sur la frontière :

l'empire fut ébranlé jusqu’en ses fondements. Dans ce pé-

riode de la vieillesse et de la décadence des Romains il

était impossible que les sciences fissent des progrès; les efforts du génie étaient aussi languissants que ceux du gouvernement. Après Ptolémée il ne se fit aucune découverte en géographie , et il n’y eut aucune révolution importante dans le commerce, si ce n’est que Constantinople devint, par les avantages de sa situation et par les encouragements des empereurs d'Orient, une ville commerçante du premier ordre.

Les nuages qui se rassemblaient depuis si longtemps autour de l'empire romain annongaient l'orage qui à la fin éclata. Les Barbares y fondirent avec une impétuosité irrésistible , et, dans le naufrage universel causé par l'inondation dont l'Europe fut couverte, les arts, les sciences, les inventions et les découvertes des Romains périrent et disparurent de la terre. Tous les peuples qui conquirent les différentes provinces de empire romain el s'y établirent étaient ignorants et grossiers, étrangers aux lettres et aux arts, sans police, sans lois, sans forme régulière de gouvernement. Les mœurs et les institutions de quelques-uns d’entre eux étaient encore dans un degré de barbarie à peine compatible avec un état d'union sociale. L'Europe, étant occupée par de semblables habitants, revenait pour ainsi dire à une seconde enfance, et avait une nouvelle carrière à commencer pour se civiliser, s'éclairer et se polir. Le premier effet de l'établissement de ces conquérants barbares fut de détruire les liens par lesquels la puissance romaine avait uni les hommes : ils

morcelèrent l'Europe en un grand nombre de petits états indépendants et différant les uns des autres de mœurs et de langage. Il ne resta aucune communication entre les membres respectifs de ces états divisés : accontumés à une manière de vivre très-simple, ignorant les arts et craignant le travail, ils n'avaient que peu de besoins à satisfaire et point de superflu à échanger. Les noms d’étranger et d’ennemi devinrent encore une fois des mots synonymes : il y avait partout des coutumes et même des lois qui exposaient à de grands inconvénients et à des dangers ceux qui voulaient voyager dans quelques pays étrangers. On ne pouvait faire de commerce que dans les villes; et elles étaient en petit nombre, peu considérables, et dépourvues des priviléges qui peuvent procurer la sûreté et exciter l'émulation. On ne cultivait aucune des sciences sur lesquelles la géographie et la navigation sont fondées. Les traditions que les auteurs grecs et romains avaient laissées sur les travaux et les découvertes des anciens étaient négligées ou mal entendues. La connaissance des pays lointains s’était perdue; leur situation, leurs productions et presque leurs noms étaient oubliés. Il y eut cependant une circonstance qui empécha la cessation entière de toute communication de commerce entre les nations éloignées. Constantinople, quoique souvent menacée par les conquérants féroces qui répandaient la désolation sur le reste de l’Europe, eut le bonheur d’échapper à leur rage destructive. Ce fut dans cette ville que se conserva la connaissance des arts des anciens et de leurs découvertes : le goût du luxe et de la magnificence y régnait; les productions des pays étrangers y étaient recherchées, et le commerce continuait à y fleurir tandis qu’il était éteint dans les autres parties de l'Europe.

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