‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 180 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

au secours de ses compatriotes; mais il fut porté à cette résolution par un motif moins généreux et plus intéressé. Le même messager par lequel il apprenait la situation des affaires au Pérou lui apportait la patente royale qui le créait gouverneur du Chili et fixait les limites de son gouvernement. D'après cette patente, Cuzco lui parut évidemment comprise dans l'étendue de son département, et il eut dès lors autant d’ardeur pour ôter aux Pizarres la possession de cette capitale que pour empêcher les Péruviens de s’en emparer. Imjatient d'exécuter ce double projet, il hasarda de retourner par une nouvelle route au travers des plaines sablonneuses de la côte. Dans cette marche , il souffrit de la chaleur et de la soif presque autant qu'il avait souffert du froid et de la faim en traversant le sommet des Andes.

Il arrivait à Cuzco dans un moment critique. Les Espagnols et les Péruviens, en le voyant approcher, éprouvèrent une égale inquiétude. Ceux-la, instruits de ses prétentions, qu’il ne prenait pas la peine de cacher, délibéraient s'ils le traiteraient comme un libérateur ou comme un ennemi. Ceux-ci, connaissant le sujet de la querelle des deux partis, se flattaient qu’il y avait pour eux plus à espérer qu’à craindre des opérations d’Almagro. Almagro lui-même, mal instruit des événements qui s'étaient passés pendant son absence, et voulant connaître avec plus d’exactitude l’état des affaires, avancait vers la capitale avec beaucoup de lenteur et de circonspection. Des négociations s’entamèrent entre tous les partis. L’Inca s’y conduisit avec beaucoup d'adresse. Il s’efforça d'abord de gagner l'amitié d’Almagro; mais, après plusieurs tentatives sans succès, désespérant de former jamais une union sincère avec les Espagnols, il les surprit avec un

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corps nombreux et choisi. La discipline et la valeur des Espagnols triomphèrent. Les Péruviens furent repoussés avec une si grande perte qu'une graude partie de leur armée se dispersa, et qu’Almagro put s'avancer librement jusqu'aux portes de Cuzco.

Les Pizarres, n'ayant plus à combattre les Péruviens, portèrent toute leur attention sur ce nouvel ennemi, et prirent des mesures pour lui fermer l'entrée de la capitale. Cependant la prudence empêcha pendant quelque temps les deux partis de tourner leurs armes l’un contre l’autre, tant qu'ils furent environnés d’ennemis communs qui se seraient réjouis de leurs pertes. On proposa différents plans de conciliation. Chacun des chefs s’efforcait de tromper l’autre ou d'attirer à soi ses soldats. Le caractère ouvert, affable et généreux d’Almagro, lui gagna plusieurs des partisans des Pizarres, révoltés des manières dures

et impérieuses de ces chefs. Encouragé par cette défection , Almagro s’avança de nuit vers la ville, surprit quelques sentinelles, gagna les autres, et environnant la maison qu'habitaient les deux frères, il les força , après une défense opiniâtre de leur part, de se rendre à discrétion.

Il n’y eut que deux ou trois Espagnols tués dans ces premières hostilités de la guerre civile; mais elles furent bientôt suivies de scènes meurtrières. François Pisarre, ayant dispersé les Péruviens qui investissaient Lima, et reçu d'Hispaniola et de Nicaragua des renforts considérables, envoya cinq cents homiues sous les ordres d’Alonzo d'Alvarado pour délivrer ses frères et la garnison de Cuzco. Ce corps, qu'on pouvait re;a:der comme une force considérable dans l'enfance de la puissance espagnole en Amérique, s'avança jusqu'à une petite distance

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