LIVRE QUATRIEME
rien pour eux et que les Indiens pourraient profiter de leur désunion pour exterminer les vainqueurs et les vaincus. Mais il était plus aisé de connaitre le mal que de trouver le remède. Les informations qu’on avait reçues étaient si incomplètes et si suspectes, le lieu de la scène était si éloigné, qu'il était presque impossible de prescrire à un administrateur la conduite qu'il devait suivre, et qu'avant qu'aucun plan approuvé en Espagne pit être suivi au Pérou, l'exécution pouvait en devenir trés-funeste par le changement des circonstances et de la situation des partis.
L’empereur se vit donc obligé d’envoyer au Pérou un homme revétu de pouvoirs trés-étendus et presque arbitraires , qui, après avoir observé l’état des affaires par lui-même et recherché sur les lieux Ja conduite des différents chefs, fut autorisé à établir la forme du gouvernement qu’il jugerait la plus avantageuse à la métropole et à la colonie. Vaca de Castro fut choisi pour cet important emploi. Il était juge de l'audience royale de Valladolid, et ses talents, son intégrité, sa fermeté justifièrent le choix de son souverain. Ses instructions, quoique trécamples, ne le ltaient pas dans ses opérations. Selon les circonstances , il pouvait revêtir différents caractères. S'il trouvait le gouverneur encore vivant, il ne devait prendre que la qualité de juge pour conserver Vair d'agir de concert avec lui et ne pas blesser un homme qui avait si bien mérité de son pays. Mais si Pizarre était mort, il était muni de provisions qu'il produirait et qui le nommaient son successeur au gouvernement. Cette attention pour Pizarre semble pourtant avoir été l'effet de la crainte de son pouvoir plutôt qu'un témoignage d’spprebation donné à sa conduite ; car au même moment où la cour
paraissait ainsi vouloir le ménager, son frère Ferdinand fut arrêté à Madrid et renfermé dans une prison où il demeura plus de vingt ans.
Tandis que Vaca de. Castro se disposait à partir, des événements importants se passaient au Pérou. Le gouverneur, se regardant, après la mort d’Almagro, comme ‘unique dépositaire de l’autorité, partagea les terres aux vainqueurs. S’il eût fait ce partage avec quelque impartialité, cette contrée était assez vaste pour lui fournir de quoi récompenser ses partisans et gagner ses ennemis ; mais Pizarre se conduisit avec toute l'injustice de l'esprit de parti et non avec l’équité d’un juge qui cherche à distinguer et à récompenser le mérite. Il commença par prendre pour lui, ou pour ses frères et ses favoris, de grands districts dang les parties du pays les mieux cultivées et les mieux peuplées. Les autres n’eurent dans leurs lots que les terrains les moins bons et les plus mal situés. Les soldats d’Almagro, parmi lesquels étaient plusieurs des premiers aventuriers à la valeur et à la persévérance desquels Pizarre avait dû la plus grande partie de ses succes, furent totalement exclus de la propriété de ces terres qu'ils avaient conquises. Comme la vanité de chacun lui faisait attacher une valeur exorbitante à ses services , et exagérer ses prétentions à mesure que les conquêtes s'étendaient, tous ceux qui furent trompés dans leurs espérances se récrièrent hautement contre l'injustice et la rapacité du gouverneur, tandis que les partisans d’Almagro murmuraient en secret et méditaient leur vengeance.
Quelque rapides au’eussent été les progrès des Espagnols dans l’Amérique méridionale, depuis l'entrée de Pizarre au Pérou, leur passion pour les conquêtes n'était
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