‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 189 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de ses amis. « Soyez tranquilles, leur disait-il, je serai en sûreté tant qu'il n’y aura personne au Pérou qui ne sache que je puis en un moment ôter la vie à celui qui oserait concevoir le projet d’attenter à la mienne. » Cette sécurité donna aux partisans d’Almagro tout le temps de laisser mirir leur projet, et Jean de Herrada , officier de beaucoup de talent, qui avait élevé le jeune Almagro, dirigea leurs mesures avec tout le zèle que son attachement pour Almagro lui inspirait , et avec toute l'autorité que lui donnait sur les conjurés l’ascendant connu qu'il avait sur son pupille.

Un dimanche, vingt-sixiéme jour de juin, vers midi, temps de repos dans tous les pays chauds, Herrada et dix-huit des plus déterminés conjurés sortent de la maison d’Almagro, armés de toutes pièces et l’épée à la main. Ils s'avancent à grands pas vers le palais du gouverneur, en criant : Vive le roi! meure le tyran ! Les autres conspirateurs, avertis par un signal, se tiennent en armes à différents postes pour les soutenir. Pizarre, ordinairement environné d’une suite nombreuse, telle que pouvait lavoir le particulier le plus riche du siècle dans lequel il vivait, n'avait alors presque personne auprès de lui, parce qu’il venait de se lever de table, et que la plupart de ses domestiques s'étaient retirés dans leurs chambres. Les conjurés passèrent les deux premières cours sans obstacle. Ils étaient déjà au pied de l'escalier, lorsqu'un page donna l'alarme à son maître qui conversait avec quelques amis dans une grande salle. Le gouverneur, qu'aucun danger n’étonnait, demanda ses armes et ordonna à François de Chaves de fermer la porte. Mais cet officier, ne conservant pas assez de présence d'esprit pour exécuter un ordre si prudent, courut jusque sur l'escalier et

demanda aux conjurés ce qu'ils voulaient et où ils allaient. Au lieu de répondre, ils lui percent le cœur d’un coup de poignard et se précipitent dans la salle. Quelques-uns de ceux qui y étaient se jetèrent par les fenêtres, d’autres tentèrent de s'échapper , et un petit nombre, se mettant en défense , suivirent le gouverneur dans une chambre voisine. Les conjurés, animés par la vue de l’objet de leur haine, les y poursuivirent. Pizarre , sans autres armes qu'un bouclier et son épée, défendit Ventrée , et, aidé de son beau-frère Alcantara et de sa petite troupe d'amis, il soutint un combat si inégal avec une bravoure digne de ses anciens exploits et avec la vigueur d’un jeune homme. « Courage, compagnons, s’écriait-il, nous sommes encore assez de braves gens pour faire repentir ces traitres de leur audace, » Mais les conjurés, couverts de leur armure, se défendaient aisément des coups qu’on leur portait, tandis que tous les leurs faisaient couler le sang. Alcantara tomba mort aux pieds de son frère. Ses autres amis étaient presque tous blessés mortellement. Le gouverneur, si las qu'il pouvait à peine manier son épée, et ne pouvant plus se défendre contre tant d’ennemis, reçut un coup mortel dans la poitrine, tomba et mourut sur-le-champ. Aussitôt les assassins coururent daus les rues, leurs épées sanglantes à la main, et publiant la mort du tyran. Ils furent joints par environ deux cents de leurs compagnons. Après avoir conduit le jeune Almagro en pompe dans la ville , ils assemblèrent les magistrats et les principaux citoyens qu'ils forcèrent de le reconnaître comme le légitime successeur de son père dans le gouvernement. Le palais de Pizarre ainsi que les maisons de plusieurs de ses partisans furent pillés par les soldats, qui eurent la double satisfaction de se venger

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