‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 191 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

chancelants et neutres, pressés par la nécessité de prendre un parti, commencèrent à pencher vers celui qui leur parut alors le plus sûr aussi bien que le plus juste.

Almagro s’apercut qu'il baissait tous les jours dans l'opinion de ses partisans, et pour arrêter les progrès de cette défection avant l’arrivée de Vaca de Castro, il s’avanca vers Cuzco à la tête de ses troupes. Le corps le plus considérable de ses ennemis y était assemblé sous les ordres de Pedro Alvarés Holguin. Pendant sa marche, Herrada, qui avait jusque-là guidé sa jeunesse, mourut, et depuis cette époque ses mesures furent toutes violentes , concertées sans prudence et maladroitement exécutées. Holguin, avec des forces fort inférieures, descendait vers la côte au même temps où Almagro s’avançait vers Cuzco. Par un stratagème trés-simple, il trompa un ennemi sans expérience, évita le combat et exécuta une jonction avec Alvarado, officier de distinction, qui avait été le premier à se déclarer contre Almagro comme contre un usurpateur.

Vaca de Castro les rejoignit bientôt avec les troupes qu'il avait amenées de Quito, et faisant placer l’étendard royal devant sa tente , il déclara qu'il voulai. semplir en personne la fonction de général de toutes les troupes. Quoique attaché par la profession qu’il avait exercée jusqu'alors à une vie pacifique et sédentaire , il montra tout de suite l’activité et le coup d’œil décisif d’un officier accoutumé à commander. Se voyant maitre de forces bien supérieures à celles de son ennemi, il voulut terminer promptement la guerre par une bataille. Les partisans d’Almagro, n’espérant aucun pardon du crime qu'ils avaient commis en massacrant le gouverneur, ne cherchaient pas eux-mêmes à éviter ce genre de décision. Les

deux partis se rencontrérent à Chupas , lieu distant d’environ deux cents milles de Cuzco, et combattirent avec toute la violence des guerres civiles et toute la fureur des haines particulières, animés encore par le désir de la vengeance et les derniers efforts du désespoir. La victoire , après avoir demeuré longtemps incertaine , se déclara à la fin pour Vaca de Castro. La supériorité du nombre, Vintrépidité du général et les talents militaires de François de Carvajal , officier formé sous le grand capitaine dans les guerres d'Italie, et qui jeta dans cette journée les fondements de sa réputation au Pérou, triomphèrent de la bravoure des partisans d’Almagro et de celle de leur chef, qui se conduisit avec un courage digne d’une meilleure cause et d’une autre destinée. Le carnage fut grand, eu égard au nombre des combattants. Plusieurs des vaincus, et particulièrement ceux qui avaient trempé dans l’assassinat de Pizarre, se jetèrent au milieu des ennemis pour éviter une mort honteuse. De quatorze cents hommes qui formaient le nombre des combattants des deux armées , il en demeura cinq cents sur le champ de bataille , et le nombre des blessés fut encore plus considérable.

Les talents que Vaca de Castro avait déployés dans le conseil et sur le champ de bataille avaient étonné les aventuriers du Pérou ; mais sa conduite après la victoire ajouta encore à leur surprise. Dispensateur sévère de la justice par caractère, il était d’ailleurs persuadé qu'il fallait des exemples d’une rigueur extraordinaire pour arrêter l'esprit de licence répandu parmi des militaires si éloignés du centre de l'autorité. Son premier soin fut de faire faire le procès à ses prisonniers. Quarante furent condamnés à mort comme rebelles, et les autres bannis

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