‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 39 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

aucune relation avec une nation capable d’un si indigne procédé. Il quitta sur-le-champ le Portugal et aborda en Espagne vers la fin de l’année 1484. Comme il pouvait désormais choisir en liberté le patron qu'il croirait le plus disposé à approuver et à exécuter son plan, il résolut de le proposer lui-même à Ferdinand et Isabelle, qui gouvernaient alors les royaumes unis de Castille et d’Aragon. Mais connaissant déjà par son expérience toute l'incertitude du succès d’une pareille démarche auprès des rois et de leurs ministres, il prit la précaution d'envoyer en Angleterre son frère Barthélemy, à qui il avait communiqué toutes ses idées, pour négocier en même temps l'exécution de son projet auprès d'Henri Vil, un des princes de l'Europe les plus instruits et les plus puissants.

Ce n'était pas sans raison que Colomb craignait que ses propositions ne fussent pas admises à la cour d’Espagne. Cette puissance était alors engagée dans une guerre difficile avec le royaume de Grenade, le seul État qui restat aux Maures sur le continent. Le caractère circonspect et défiant de Ferdinand donnait à ce prince de l’éloignement pour les projets hardis et singuliers. Isabelle, avec un esprit plus élevé et plus entreprenant, était obligée de suivre les impressions de son époux. Les Espagnols n'avaient fait jusque-la aucun effort pour étendre leur navigation au dela de ses anciennes limites. Ils avaient vu les découvertes étonnantes des Portugais sans chercher à les imiter. La guerre avec les Maures fournissait un champ vaste à l’activité de la nation et à son amour pour la gloire. Avec des circonstances si défavorables, il était impossible à Colomb d'obtenir une décision prompte chez un peuple lent et circonspect. Son caractère était cependant admirablement assorti à celui de la nation dont

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il sollicitait la confiance et la protection. Il était grays et poli dans son maintien, réservé dans ses paroles et ses actions, irréprochable dans ses mœurs et observateur exact de tous les devoirs et de toutes les pratiques de la religion. Des qualités si respectables lui conciliérent plusicurs amis et lui acquirent une estime si générale que, malgré la simplicité de son extérieur , convenable à la médiocrité de sa fortune, il ne fut pas regardé comme un aventurier à qui l’indigence eût fait imaginer quelque projet chimérique, mais comme un homme dont les propositions méritaient une sérieuse attention. Ferdinand et Isabelle, quoique entièrement occupés de la guerre contre les Maures, écoutèrent Colomb avec assez d'intérêt pour se déterminer tout de suite à charger Ferdinand de Talavera, confesseur de la reine, de l'examen de son projet. Le confesseur consulta ceux de ses compatriotes qu’il jugeait les plus capables de prononcer sur un pareil sujet. Mais les connaissances avaient fait alors si peu de progrès en Espagne, que ces prétendus philosophes, choisis pour décider d’une affaire de cette importance, ignoraient jusqu'aux premiers principes sur lesquels Colomb fondait ses conjectures et ses espérances. Quelques-uns d’entre eux, égarés par de fausses notions sur la figure et la grandeur de la terre, prétendirent que le voyage qu'on proposait ne pouvait s’exécuter en moins de trois années. D’autres soutenaient ou que Colomb trouverait l'Océan sans bornes, selon l'opinion de quelques anciens ou qu’en marchant toujours droit à l’ouest il arriverait à un point où la figure convexe de la terre le mettrait dans l'impossibilité de revenir sur ses pas, et qu'il périrait infailliblement en tentant vainement d'ouvrir une communication entre les deux hémi-

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