‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 42 sur 191 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

pédition et la valeur de la récompense. La dépense , quelque modérée qu’elle fût, était, disaient-ils, trop considérable pour l'état des finances du royaume. Les honneurs e§ les émoluments que demandait Colomb étaient exorbitants, quelque heureux que fût le succès , et si ses espérances étaient trompées, de si magnifiques dons faits à un aventurier paraitraient inconsidérés et ridicules. Sous ces dehors imposants de prudence et de précaution, leur opinion parut si plausible et fut si vivement soutenue par Ferdinand , qu'Isabelle abandonna tout à fait Colomb et rompit brusquement la négociation qu'elle avait entreprise avec lui.

Cet événement fut plus mortifiant pour Colomb que tous les dégoûts qu'il avait éprouvés jusqu’alors. Son rappel à la cour avait fait renaître ses espérances et lui avait fait croire que ses travaux touchaient à leur fin. It retombait dans l'incertitude. Toute la fermeté de son esprit lui suffit à peine pour soutenir ce revers inattendu ; il se retira le cœur navré, et ne vit plus d'autre ressource que de partir pour l'Angleterre, comme il l'avait d’abord projeté.

Vers ce temps-là Grenade se rendit. !’erdinand et Isabelle y firent leur entrée en triomplie et privent ainsi possession d'une ville dont la conquête :hussait du cœur de leurs royaumes une puissance ennemie, et les rendait maitres de toutes les provinces qui s'étendent du pied des Pyrénées jusqu'aux frontières du Portugal. Comme les succès donnent aux esprits une ardeur qui les élève et les enhardit, Quintanilla et Santangel , les patrons de Colomb , toujours vigilants et adroits , saisirent ce moment favorable pour faire un dernier effort auprès d’Isabelle. Après avoir témoigné quelqu> surprise de la voir

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hésiter si longtemps à encourager le plus beau projet qui eût jamais été proposé à aucun monarque , elle qui avait toujour: protégé toutes les grandes entreprise , ils lui représentèrent que Colomb était d’un jugementg sain et d'un caractère irréprochable, parfaitement capable, par son expérier, e dans l'art de la navigation et par ses connaissances dans la cosmographie, de se faire des idées justes de la structure du globe et de la situation de ses différentes parties ; qu'en offrant de risquer lui-même sa vie et sa fortune dans l'exécution de son plan, il donnait la preuve la plus décisive de la force de sa conviction et de la réalité de ses espérances ; que la somme qu'il demandait pour équiper une flotte était fort peu de chose, et que les avantages qui pouvaient en revenir étaient immenses ; qu'il n’exigeait d'autres récompenses de sa découverte et de ses travaux que celles que fourniraient les contrées mêmes qu'il espérait découvrir; qu’autant il était digne de la magnanimité d'Isabelle d'étendre la sphère des connaissances humaines et d'ouvrir une route à des pays inconnus, autant sa piété trouverait de satisfaction, après avoir rétabli le foi chrétienne dans les provinces d'où elle avait été si longtemps bannie, à découvrir un nouveau monde, auquel elle ferait porter la lumière des célestes vérités et le bonheur qui en est la suite ; que si elle ne se décidait pas sur-le-champ, l’occasion serait pour jamais perdue; enfin que Colomb se disposait à porter ailleurs ses offres ; que quelque autre prince plus heureux ou plus hardi les accepierait, et que l'Espagne déplorerait éternellement la fatale timidité qui l'aurait privée de la gloire et des avantages qui lui étaient offerts.

Ces puissantes raisons, présentées par des personnes d'un si grand poids et dans un moment si bien choisi,

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