‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 73 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

riété | Espagnols y furent établis , l’adelantade , pour les empéle la cher de languir dans l'inaction et leur ôter le loisir de hou- former de nouvelles cabales, parcourut les parties de l'ile 5 dé- que son frère n'avait pas encore visitées ou assujetties. ede | Les Indiens, hors d'état de faire aucune résistance, se abi- | soumirent partout aux tributs qui leur furent imposés ; beau mais ils trouvèrent bientôt le joug si insupportable que, pule- | tout redoutables qu’étaient pour eux les Espagnols, ils d'un prirent les armes contre leurs oppresseurs. Scou- Cette révolte n’était pourtant pas fort à craindre de la vaste part de ces pauvres Indiens timides, nus et désarmés. ie de | Mais, pendant que l’acclantade était en campagne, il en s. Le | éclata une autre plus dangereuse parmi les Espagnols , Ses | eux-mêmes. Roldan, cet homme que Colomb avait placé irent | dans un poste qui le constituait gardien de l’ordre et de dis- i la tranquillité publique, en était le chef. Un caractére 3cou- turbulent et une ambition aveugle le portérent à cette décon- marche indigne de son rang, et les motifs qu’il en donant à | nait à ses compatriotes étaient frivoles et sans fondement. mais Il accusait Colomb et ses deux frères d’arrogance et de ui ne sévérité; ils avaient pour but, disait-il, de se faire dans un Si le pays un Etat indépendant de la cour d’Espagne; ils | avaient fait périr une partie des Espagnols de faim et de coup fatigue, afin de pouvoir plus aisément réduire le reste à lence | la soumission; enfin, il était honteux pour des Castillans n dé- | de demeurer esclaves soumis et dociles de trois aventulieu | riers génois. Les hommes ont tant de penchant à impué les ter les maux qu'ils souffrent à la mauvaise conduite de ps la | ceux qui les gouvernent, et une nation voit toujours avec dans tant de jalousie et de mécontentement l'élévation d'un X Su- étranger , que les insinuations de Roldan firent une im-

e les pression profonde sur ses compatriotes, en même temps

que son rang et la considération dont il jouissait y ajoutaient beaucoup de poids. Un grand nombre d’Espagnols le reconnurent pour chef, et, prenant les armes contre l'adelantade et son frère, ils se saisirent du magasin de vivres appartenant au roi et tentèrent de surprendre le fort de Saint-Domingue. La vigilance et le courage de D. Diego Colomb firent échouer leur projet. Les mutins furent obliger de se retirer dans la province de Xaragua. et non-seulement ils continuérent de méconnaitre l’autorité de l’adelantade, mais ils excitérent encore les Indiens eux-mêmes à secouer le joug.

Tel était le malheureux état de la colonie lorsque Colomb arriva à Saint-Domingue. Il fut bien surpris d'apprendre que les trois vaisseaux qu'il avait envoyés des Canaries n'y avaient pas encore paru. Par la maladresse du pilote et la force des courants, ilsavaient été emportés à cent soixante milles à l'ouest de Saint-Domingue et forcés de se jeter dans un havre de la province de Xaragua où Roldan et les séditieux étaient cantonnés. Roldan cacha soigneusement aux commandants des navires sa séparation d'avec l’adelantade; et, employant toute son adresse pour gagner leur confiance , il leur persuada de débarquer un nombre considérable de nouveaux colons qu'ils amenaient, et qui se rendraient, disait-il, à Saint-Domingue par terre. Il n'eut pas besoin de beaucoup de raisonnements pour déterminer ces gensla à épouser sa querelle. C'étaient des scélérats échappés des prisons d'Espagne, accoutumés à vivre dans l’oisiveté et la licence , et à qui les actes de violence étaient familiers. Ils adoptèrent aisément un genre de vie fort semblable à celui qu’ils venaient de quitter. Les commandants des navires, s’apercevant trop tard de l’impru-

= ee cs

ft = ff.

Page 1