LIVRE TROISIEME
du monde ; des champs cultivés et fertiles qui s'étendaient a perte de vue , d\in lac qui ressemblait a une mer par son étendue, et qui était environné de grandes villes^ enfin en voyant la capitale s'élever sur une île au milieu de ce lac, ornée de temples et de tours, ce spectacle frappa tellement leur imagination que quelques-uns crurent voir les descriptions de romans réalisées-, ces palais, ces tours dorées leur parurent autant d'enchantements. D^antres, croyant rêver, prenaient pour les fantômes d'un songe ce qui s'offrait a leurs yeux (109). A mesure qu'ils avançaient, leurs doutes se dissipaient; mais leur étonnement ne faisait que croître. Ils furent alors persuadés que le pays était encore plus riche qu'ils ne l'avaient imaginé, et se flattèrent qu'a la fin ils allaient recueillir le fruit de leurs travaux.
Nul ennemi jusque-là ne s'était opposé a leur marche, quoique plusieurs circonstances leur fissent soupçonner qu'on avait dessein de les surprendre. Des messagers arrivaient successivement de la part de Montézuma, leur permettant un jour d'avancer et le jour suivant les pressant de se retirer, selon que ses espérances ou ses craintes prévalaient alternativement. Son trouble était si grand qu'on ne peut l'expliquer qu'en le regardant comme l'effet de la superstition qui lui faisait craindre les Espagnols comme des êtres d'une nature supérieure a celle de l'homme. Enfin Cortès était presque aux portes de la capitale avant que le monarque eût décidé s'il recevrait ces étrangers en amis ou en ennemis. Mais, comme od n'éprouvait de la part des Mexicains aucun acte d'hostilité, Cortès, sans s'embarrasser des incertitudes de Monlézuma et sans paraître soupçonner ses intentions, continua sa route le long de la chaussée qui conduit a Mexico
au travers du lac, marchant avec la plus grande circonspection et faisant observer la plus exacte discipline dans son armée.
Lorsqu'il fut près de la ville, environ un millier dlndiens qui lui paraissaient d'un rang distingué, parés de plumes et vêtus de très-belles étoffes de coton , vinrent à sa rencontre et défilèrent devant lui en le saluant avec le plus grand respect a la manière de leur pays. Ils annonçaient la venue de Montézuma lui-même, et bientôt après ses coureurs parurent. Ils étaient au nombre de deux cents, habillés uniformément, marchant deux a deux en un profond silence , nu-pieds et les yeux fixés en terre. Ceux-ci furent suivis d'une troupe plus distinguée et plus richement vêtue , au milieu de laquelle était Montézuma dans une espèce de fauteuil ou de litière resplendissante d'or et ornée de plumes de diverses couleurs. Quatre de ses principaux favoris le portaient sur leurs épaules, tandis que d'autres soutenaient sur sa tête un pavillon d'un travail curieux. Devant lui marchaient trois ofticiers, tenant a la main des baguettes d'or qu'ils élevaient de temps en temps, et a ce signal les Indiens baissaient la tête et cachaient leur visage, comme indignes de regarder un si grand monarque. Lors- (ju'il fut près des Espagnols , Corlès descendit de cheval, et s'avança vers lui avec empressement et d'un air respectueux. En même temps Montézuma descendit de sa litière, et, s'appuyant sur les bras de deux de ses parents, s'approcha lui-même d'un pas lent et majestueux^ tandis que ses gens étendaient devant lui des étoffes de coton, atin que ses pieds ne touchassent pas la terre. Cortès l'aborda avec une profonde révérence a la manière européenne. Lcmonarijuc lui rendit son salut, a