‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 118 sur 187 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

n'en était pas assez grande pour exciter l'industrie des Mexicains à en augmenter la quantité par le travail des mines dont le pays abonde, et cet art leur était entièrement inconnu. Tout ce qu'ils possédaient d'or était ramassé dans le lit des rivières, ou natif et recueilli dans l'état où la mine le donne. Le plus grand effort de leur industrie dans la recherche de ce métal était de laver les terres détachées des montagnes par les torrents , pour en séparer les grains d'or^ et même cette opération si simple était exécutée très -maladroitement , selon le rapport des Espagnols envoyés par Cortès pour examiner l'état des provinces oii Ton pouvait espérer de trouver des mines. Par ces différentes causes l'effet de la masse d'or existant alors au Mexique ne devait pas être fort grande. La quantité d'argent était encore moindre, parce qu'on trouve rarement ce métal dans un état de pureté, et que les Indiens n'avaient pas encore assez d'industrie pour suivre les procédés nécessaires pour l'extraire de sa mine et le purifier. Ainsi, quoique les Espagnols eussent mis tout leur pouvoir en usage et se fussent abandonnés a toute leur avidité pour satisfaire la. plus grande de leurs passions, la soif de l'or , et que Montézuma eût épuisé ses trésors pour la rassasier, le produit de ces deux sources, qui formaient la plus grande partie des métaux précieux de l'empire, ne s'éleva pas au delà de^ce que nous avons dit ci-dessus.

Mais quelque facile que se fût montré Montézuma pour tout ce que Cortès avait exigé de lui , il fut inflexible sur un point. En vain le général le pressa avec tout le zèle d'un missionnaire de renoncer a ses faux dieux et d'embrasser la foi chrétienne, il rejeta la proposition avec horreur. La superstition était profondément gravée

dans l'esprit des Mexicains , parce qu'elle y était établie sur un système complet et régulier; et tandis que les peuples grossiers des autres parties de l'Amérique abandonnaient aisément un petit nombre de notions et de cérémonies religieuses, trop peu fixes pour mériter le nom de religion nationale, les Mexicains restaient obstinément attachés a leur culte, quelque barbare qu'il fût, parce qu'il était accompagné d'une solennité et pratiqué avec une régularité qui le rendaient respectable à leurs yeux. Cortès , voyant tous ses efforts inutiles pour ébranler la fermeté de Montézuma, fut si furieux de son obstination, que dans un transport de zèle il se mit a la tète de ses soldats pour aller renverser les idoles dans le grand temple de Mexico. Mais les prêtres prenant les armes et le peuple accourant en foule pour défendre leurs autels , le général modéra enfm son ardeur et il se détermina k renoncer a cette entreprise téméraire, après avoir ôté seulement une idole de sa niche et y avoir placé une image de la Vierge Marie.

Dès ce moment, les Mexicains, qui avaient souffert l'emprisonnement de leur souverain et les exactions de ces étrangers presque sans résistance, commencèrent a méditer les moyens de chasser ou d'exterminer les Espagnols et se crurent obligés de venger leurs divinités insultées. Les prêtres et les principaux Mexicains eurent de fréquents entretiens avec Montézuma sur ce sujet. Mais ce prince, pouvant être lui-même victime d'une entreprise violente tentée contre les Espagnols tant qu'il sera en leur pouvoir, voulut essayer d'abord des moyens plus doux. 11 fit appeler Cortès et lui dit que les vues que les Espagnols s étaient proposées en venant au Mexique, députés par leur souverain , étant entièrement remplies ,

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