LIVRE TROISIÈME
ques présents que Corlès avait reçus et des espérances que ce général avait encore d'étendre et d'affermir son pouvoir dans ces nouvelles contrées.
Toutes les passions qui peuvent agiter un esprit ambitieux, la honte d'avoir été si grossièrement trompé, l'indignation d'avoir été trahi par un homme qu'il avait lui-même choisi et en qui il avait placé sa confiance , la douleur d'avoir employé une partie de sa fortune à l'agrandissement d'un ennemi , et le désespoir de trouver jamais une si belle occasion d'établir sa fortune et d'étendre son autorité, tous ces motifs réunis excitaient le gouverneur à faire les plus grands efforts pour tirer une vengeance éclatante de son ennemi et pour enlever a la fois a Cortès ses conquêtes et l'autorité qu'il avait usurpée. 11 ne manquait pas de raisons plausibles pour justifier cette tentative. Le compte qu'il avait fait passer en Espagne du voyage de Grijalva avait été reçu très-favorablement. Sur les échantillons qu'il avait envoyés des productions et des richesses de la Nouvelle-Espagne, on avait conçu a la cour une haute idée de cette contrée. Velasquez avait été autorisé à en poursuivre la découverte et en ïvait été fait gouverneur, sa vie durant, avec des pouvoirs et des privilèges plus étendus que ceux qu'on avait accordés à aucun aventurier depuis Colomb. Fier de ces marques d'une faveur distinguée, et autorisé a regarder Cortès non -seulement comme empiétant sur son gouvernement, mais comme rebelle aux ordres du roi, il se détermina a venger par la force des armes les droits et l'autorité de son souverain. Il pressa les préparatifs de son expédition avec toute l'ardeur qu'on pouvait attendre des passions violentes dont il était animé, et en peu de temps il mit sur pied un armement consis-
tant en dix-huit vaisseaux, quatre-vingts hommes de cavalerie, huit cents hommes d'infanterie, dont quatrevingts mousquetaires , cent vingt arbalétriers et douze pièces de canon. Velasquez avait déjà éprouvé le danger de confier a un autre l'expédition qu'il aurait dû conduire lui-même 5 mais cette expérience ne Pavait pas rendu plus entreprenant. Il donna le commandement de ce corps formidable, qui, dans l'enfance de l'établissement des Espagnols en Amérique, méritait le nom d'armée, à Pamphilo de Narvaès, avec ordre de se saisir deCortès et de ses principaux officiers, de les lui envo^r prisonniers et d'achever ensuite en son nom la découverte et la conquête du pays.
Après un voyage heureux, Narvaès débarqua ses troupes sans opposition près de Saint- Jean d'Ulloa. Trois soldats envoyés a la recherche des mines de ce district se joignirent a lui. Non-seulement ils lui firent connaître la situation de Cortès, mais comme ils avaient fait quelques progrès dans la connaissance de la langue mexicaine, il trouva en eux des interprètes qui le mirent en état d'avoir quelque communication avec les naturels du pays. Il est vrai que , selon l'artifice bas et grossier des *^éserteurs, ceux-ci cherchèrent plutôt a flatter Narvaès par des espérances agréables qu'à lui dire l'exacte vérité. Ils lui représentèrent la situation de Cortès comme si désespérée et le mécontentement de ses troupes comme si général, que la présomption naturelle de Narvaès en prit une nouvelle force. Sa première opération aurait dû cependant lui inspirer quelque défiance sur les relations de ses espions; car ayant envoyé sommer le gouverneur de la Vera-Cruz de se rendre , Guevara .^ chargé de cette commission, s'en acquitta , avec une telle insolence que