‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 128 sur 187 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

assaillants qui remplaçaient les premiers, furent enfin obligés de se retirer avec la douleur de n'avoir rien fait d'assez décisif pour compenser le désavantage peu ordinaire d'avoir eu douze soldats tués et soixante blessés. Une autre sortie avec de plus grandes forces ne fut pas plus heureuse, et dans cette dernière le général lui-même fut blessé a la main.

Cortès aperçut alors, mais trop tard, l'erreur où l'avait jeté son mépris pour les Mexicains 5 il fut convaincu qu'il ne pouvait ni maintenir le poste qu'il avait pris au milieu d'une ville ennemie, ni se retirer sans courir le plus grand danger. Il lui restait une ressource; Montézuma pouvait calmer les Mexicains par sa médiation ou par son autorité. Le lendemain au matin, lorsque l'assaut recommença , ce malheureux prince , k la merci des Espagnols et réduit à la triste nécessité d'être l'instrument de sa honte et de l'esclavage de sa nation , parut sur la muraille vêtu de ses habits royaux et avec toute la pompe qu'il avait coutume d'étaler dans les occasions solennelles. A la vue de leur souverain, qu'ils honoraient et respectaient presque comme une divinité, les Mexicains laissèrent tomber les armes de leurs mains et gardèrent un profond silence, tous en inclinant leur tête et plusieurs en se prosternant. Montézuma leur adressa un discours où il s'efforçait de calmer leur fureur et de les engager à cesser les hostilités. A peine eut-il fini qu'un murmure de mécontentement se fit entendre et fut suivi de reproches et de menaces. Bientôt leur fureur s'accrut au point de leur faire oublier le respect qu'ils avaient montré d'abord pour leur empereur. Les flèches et les pierres recommencèrent a voler en si grand nombre et avec tant de violence, qu'avant que les soldats espagnols chargés

de couvrir Montézuma de leurs boucliers eussent le temps de les élever, le malheureux monarque fut blessé de deux flèches et atteint à la tempe d'une pierre qui le renversa. En le voyant tomber, les Mexicains furent si effrayés que, par un de ces changements soudains, assez ordinaires dans les mouvements populaires, ils passèrent subitement d'une extrémité a l'autre. Le remords succéda à l'insulte ; ils s'enfuirent, tout épouvantés du crime qu'ils venaient de commettre et persuadés que la vengeance du ciel allait tomber sur eux. Les Espagnols portèrent Montézuma à son appartement, et Cortès s'empressa d'aller le consoler dans son infortune: mais ce prince, voyant alors dans quel abîme d'humiliation il était tombé , et reprenant la hauteur d'âme qui paraissait l'avoir abandonné depuis si longtemps, dédaigna de survivre à ce dernier aff'ront et de prolonger une vie honteuse depuis qu'il était devenu non-seulement le prisonnier des Espagnols et l'instrument de la servitude de son peuple entre leurs mains, mais encore l'objet du mépris et de la haine de ses propres sujets. Transporté de rage, il déchira l'appareil qu'on avait mis a ses blessures, et refusa si obstinément de prendre aucune nourriture , qu'il termina bientôt ses jours.

La mort de Montézuma fit perdre b Cortès toute espérance d'accommodement avec les Mexicains. Il ne vit plus de salut que dans la retraite , et il commença à s*y disposer-, mais un nouveau mouvement des Mexicains l'engagea dans de nouveaux combats. Us prirent possession d'une haute tour du grand temple qui commandait le quartier des Espagnols et y placèrent une troupe de leurs principaux guerriers. Aucun Espagnol ne pouvait ^ montrer sans être exposé a leurs traits. Il était néces-

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