LIVRE TROISIÈME
les efforts des Mexicains pour interrompre les travailleurs ou pour brûler les brigantins.
Le 28 avril, toutes les troupes espagnoles et tous les Indiens auxiliaires furent rangés sur les bords du canal et les brigantins lancés a Feau, ce qui se fit avec la plus grande pompe militaire, consacrée et rendue plus solennelle par la célébration des mystères les plus respectés de la religion catholique. A mesure quMls entraient dans le canal, le P. Olmedo les bénissait et les nommait. Les spectateurs, pénétrés d'admiration et animés par l'espérance, les suivaient des yeux jusqu'à leur entrée dans le lac. Dès que les brigantins déployèrent leurs voiles et prirent le vent, un cri général de joie s'éleva dans les airs 5 ils admiraient tous le génie hardi et entreprenant qui, par des moyens si extraordinaires, avait su se créer une flotte, sans le secours de laquelle les Espagnols ne pouvaient espérer de se rendre maîtres de Mexico.
Cortès se détermina a former le siège par trois différents côtés, a l'est du lac vis-a-vis de Tezeuco, à l'ouest vis-a-vis de Tacuba, et au sud vis-a-vis de Cuyocan. Ces villes, situées sur les principales chaussées qui conduisent a la capitale, avaient été placées ainsi pour la garde des chaussées. Sandoval commandait la première attaque, Pedro de Alvarado la seconde, et Christoval de Olid la troisième, chacun d'eux avec un nombre égal d'Espagnols et un corps nombreux d'Indiens auxiliaires. Les Espagnols, depuis l'arrivée du renfort d'Hispaniola, étaient au nombre de huit cent dix-huit fantassins, dont cent dix-huit étaient armés de mousquets ou arquebuses, et quatre-vingt-six étaient a cheval. Leur artillerie consistait en trois canons de siège et quinze pièces de campagne. Cortès se réserva à lui-même la conduite des brigantins, comme l'opération
la plus importante et la plus dangereuse. Chaque brigantin était armé d'un petit canon et monté par vingt-cinq Espagnols.
Alvarado et Olid , en s'avançant aux postes qui leur avaient été assignés, rompirent les aqueducs qui portaient les eaux a Mexico, prélude des calamités que les habitants auraient à souffrir. Ils trouvèrent les villes dont ils devaient prendre possession abandonnées par leurs habitants, qui s'étaient réfugiés dans la capitale, où Guatimosin avait rassemblé les principales forces de son empire , le seul endroit en effet où il pût espérer avec quelque vraisemblance de résister à l'ennemi qui le menaçait.
Le prenîier effort des Mexicains fut dirigé contre les brigantins, dont ils prévoyaient et redoutaient avec raison les terribles effets. Quelque peine que se fût donnée Cortès et quelque talent qu'il eût montré à les faire construire, ces bâtiments étaient fort petits, grossièrement faits, et montés presque uniquement de soldats qui n'entendaient pas l'art de les conduire. Mais tout imparfaits qu'ils étaient, on conçoit qu'ils devaient être encore des objets d'admiration et de terreur pour un peuple qui n'avait que des canots et ne connaissait d'autre navigation que celle de ses lacs. La nécessité força cependant Guatimosin a tenter de les attaquer. Il espéra de suppléer par le nombre de ses canots a ce qui leur manquait en force : il en assembla une si grande multitude qu'ils couvraient la surface du lac. Ils s'avancèrent hardiment contre les brigantins, qui, retenus par un calme plat, ne pouvaient venir k leur rencontre. Mais lorsque les Mexicains se trouvèrent près des bâtiments espagnols, un petit vent s'éleva. En un moment les voiles furent déployées et les brigantins, se portant au milieu de leurs faibles ennemis avec une im-