‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 140 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

cipal temple frappèrent le grand tambour consacré au dieu de la guerre. Aussitôt que les Mexicains entendirent ces sons lugubres et solennels, propres a leur inspirer l'enthousiasme et le mépris de la mort , ils se précipitèrent 8ur Fennemi avec une nouvelle furie , allumée par le fanatisme et par l'espérance du succès. Les Espagnols, ne pouvant tenir contre des hommes animés par de si puissants motifs, commencèrent a se retirer d'abord lentement et en bon ordre -, mais l'ennemi les pressant toujours et la retraite devenant de moment en moment plus nécessaire, la terreur et la confusion se mirent parmi eux, de sorte qu'en arrivant a la grande brèche de la chaussée, Espagnols et Tlascalans , infanterie et cavalerie y tombaient pêle-mêle, et y étaient accablés par les Mexicains, qui fondaient sur eux de toutes parts et dont les petits canots s'approchaient de la chaussée plus près que les brigantins ne pouvaient le faire. Cortès s'efforça inutilement d'arrêter et de rallier ses soldats; la crainte les rendait sourds à ses ordres et à ses prières. Enfin ne pouvant les ramener au combat, il s'occupa de sauver quelques-uns de ceux qui étaient tombés dans le canal. Mais, tandis qu'il était tout entier a ce soin et qu'il négligeait sa propre sûreté, six officiers mexicains se saisirent de lui et l'emmenaient en triomphe. Heureusement deux de ses officiers l'arrachèrent à ce danger aux dépens de leur vie-, mais il reçut plusieurs blessures dangereuses avant de pouvoir se dégager. Les Espagnols perdirent plus de soixante des leurs, et ce qui rendit cette perte encore plus cruelle, dans ce nombre quarante tombèrent vivants entre les mains d'un ennemi qui ne faisait point de quartier à ses prisonniers.

Les approches de la nuit en éloignant les Mexicains

amenèrent pour les Espagnols une situation presque aussi cruelle que celle dont ils sortaient. Ils entendaient les cris de triomphe et le tumulte de Thorrible fête par laquelle les Mexicains célébraient leur victoire. Toute la ville était illuminée et le grand temple était si brillant de clarté, qu^on pouvait distinguer de loin les environs remplis du peuple en mouvement et les prêtres empressés a faire les préparatifs pour la mort des prisonniers. Au milieu de Tobscurité de la nuit , les Espagnols s'imaginaient reconnaître leurs compagnons a la blancheur de leur peau, et les voir dépouillés et contraints de danser devant la statue du dieu a qui ils allaient être immolés. Ils entendaient leurs cris et croyaient distinguer chaque victime par le son de sa voix. L'imagination augmentait rhorreur de ces tableaux; les plus insensibles fondaient en larmes, et les plus courageux frémissaient k la vue de ce terrible spectacle.

Cortès, en partageant avec ses soldats les sentiments que ce cruel événement leur inspirait, avait a supporter encore les accablantes réflexions naturelles a un général après un malheur si inattendu , et ne pouvait se soulager comme eux en le montrant dans toute son étendue. Pour soutenir ou ranimer le courage et les espérances de ses compagnons, il était obligé d'affecter une tranquillité qu'il n'avait point. La conjoncture demandait en eflet de sa part la plus grande fermeté. Les Mexicains, encouragés par leur succès, l'attaquèrent le lendemain matin dans ses quartiers, mais ils ne s'en tinrent pas uniquement a cette attaque. Ils envoyèrent les têtes des Espagnols qu'ils avaient immolés aux gouverneurs des provinces voisines, en les assurant que le dieu de la guerre , apaisé par le àj I sang de leurs ennemis, versé abondamment sur ses au-

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