LIVRE TROISIÈME
Il y eut malheureusement une querelle avec les naturels du pays, qui Tatlaquèrent avec un corps nombreux et des troupes bien armées, et Magellan périt, ainsi que plusieurs de ses principa-ix officiers, en combattant ces barbares avec sa valeur ordinaire.
L'expédition se continua sous d'autres commandants. Après avoir vi-jlc plusieurs des petites îles répandues dans la partie oricnlale de Tocéan Indien, ils touchèrent à la grande île de Bornéo et ensuite à Tidor, une des Moluques, où ils prirent terre, au grand étonnement des Portugais, qui ne pouvaient comprendre comment les Espagnols en naviguant a Touest étaient arrivés à cet établissement reculé de leur commerce, auquel euxmêmes se rendaient en faisant route dans une direction opposée. Les Espagnols trouvèrent dans ces îles et dans les îles voisines des peuples instruits des avantages du commerce et disposés a trafiquer avec une nation inconnue. Ils y prirent une cargaison de ces épices précieuses qui sont une des productions les plus recherchées de ces climats. Avec ces trésors et des échantillons des riches marchandises qu'ils avaient trouvées dans les autres contrées qu'ils avaient visitées, la Victoire^ celui des deux vaisseaux restants de toute l'escadre, qui était le plus en état de soutenir encore un long voyage, fit voile pour l'Europe, sous le commandement de Jean-Sébastien del Cano. Il suivit la route des Portugais, par le cap de Bonne-Espérance, et, après avoir beaucoup souffert, il arriva 'a Saint- Lucar le 7 septembre lo22, ayant fait le tour du globe en trois ans et vingt- huit jours.
Quoiqu'une destinée malheureuse ait privé Magellan de la satisfaction de terminer lui niême sa grande entreprise, ses conlempotains. rendant justice a sa mémoire
el à ses grands talents, lui ont conservé non-seulement la gloire d^en avoir formé le plan, mais encore celle d'avoir surmonté presque tous les obstacles qui en traversaient Texécution , et il est encore aujourd'hui au rang des plus habiles et des plus heureux navigateurs. La gloire des navigateurs espagnols éclipsa a cette époque celle de toutes les autres nations, et dans le cours d'un petit nombre d'années ils eurent le rare bonheur de découvrir un nouveau continent presque aussi étendu que Tancien monde , el celui de constater par Fexpérience la figure et rétendue du globe terrestre.
Les Espagnols ne se contentaient pas cependant de la gloire d'avoir les premiers fait le tour du monde-, ils prétendaient recueillir de grands avantages pour leur commerce de cet effort hardi de leur habileté dans l'art de la navigation. Les savants, parmi eux, croyaient que les îles à épiceries et plusieurs des pays les plus riches de Test étaient situés dans les limites de la partie du globe attribuée à la couronne de Castille par le partage d'Alexandre YI. Les négociants , sans s'embarrasser de cette discussion , se livrèrent avec empressement a ce que le commerce avec ces pays nouveaux leur offrait d'avantageux et de séduisant. Les Portugais, alarmés de la concurrence de rivaux si dangereux, s'efforcèrent de leur susciter des ennemis en Europe par les négociations, tandis qu'ils les traversaient en Asie a force ouverte. Charles, peu instruit de l'importance de cet objet ou distrait par ses autres projets et par l'étendue de ses autres opérations, ne donna pas a ses commerçants d'Asie la protection dont ils avaient besoin. Enfin le mauvais état de ses finances, épuisées par ses guerres dans toutes les parties de l'Europe, et la crainte de s'en susciter une