‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 159 sur 187 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

d^une terre abondante en trésors , qu'il dépêcha sur-lechamp un vaisseau a Panama avec une grosse part du bulin pour Almagro, et un autre bâtiment a Nicaragua chargé de sommes considérables pour des personnes en crédit dans la province, dans Tespérance que cet étalage des richesses qu'il avait acquises en si peu de temps déterminerait beaucoup d'aventuriers à venir le joindre. En attendant, il continuait sa marche le long de la côte, et dédaignant d'employer d'autres moyens que la force ouverte, il attaquait les naturels du pays dans leurs habitations éparses avec une si grande impétuosité qu'il les forçait à se soumettre ou k se retirer dans l'intérieur des terres. Cette apparition soudaine d'étrangers qui venaient envahir leur pays, dont la figure et les mœurs étaient également extraordinaires a leurs yeux, et a qui rien ne pouvait résister, fit sur les Péruviens la même impression de terreur qu'avaient éprouvée les antres nations de l'Amérique. Pizarre ne rencontra presque aucune résistance jusqu'à l'île de Puna dans la baie de Guayaquil. Cette île était plus peuplée que les autres pays qu'il avait traversés et les habitants en étaient plus courageux et moins civilisés que ceux du continent. Ils se défendirent avec tant de valeur et d'obstination que Pizarre employa six mois à les soumettre. De Puna il s'avança a Tumbès, où les maladies qui s'étaient mises dans sa troupe le forcèrent de séjourner pendant trois mois.

Pendant ce temps de repos, il commença à recueillir le fruit des soins qu'il avait pris de répandre la renommée de ses premiers succès. Il lui arriva de Nicaragua deux détachements qui n'étaient pas a la véri.é de plus de trente hommes chacim, mais qui lui parurent un r<'nfort d'autant plus considérable, que Tun était commandé

par Sébastien Benalcasar et l'autre par Fernand Soto, deux des meilleurs officiers qui eussent servi en Amérique. De Tumbès il se porta sur la rivière de Piura, et, dans une situation avantageuse près de son embouchure, il établit la première colonie espagnole du Pérou, a laquelle il donna le nom de Saint-Michel.

A mesure que Pizarre s'avançait vers le centre du Pérou, il acquérait plus de connaissances sur la grandeur, la police et Fétat des affaires de cet empire. Il n'aurait pas pu alors, sans ces connaissances préliminaires, conduire heureusement ses opérations, et, sans cette circonstance, on ne pourrait pas même aujourd'hui expliquer les progrès que les Espagnols avaient déjà faits, et développer les causes des succès qu'ils eurent dans la suite.

A l'époque de l'invasion des Espagnols, l'empire du Pérou s'étendait du nord au sud à plus de quinze cents milles de côte sur la mer du Sud. La profondeur de l'est a l'ouest était peu considérable et bornée par les grandes chaînes des Andes, qui se prolongent d'une de ses extrémités a l'autre dans toute sa longueur. Le Pérou, comme le reste du Nouveau-Monde, avait été originairement partagé en beaucoup de petites nations ou tribus indépendantes , ditïérant les unes des autres par leurs mœurs et par les formes grossières d'une police imparfaite; et toutes étaient alors si mal civilisées que, si nous en croyons les traditions des Péruviens, elles n'avaient rien au-dessus des nations les plus sauvages de l'Amérique. Dépourvus de toute espèce de culture et d'industrie régulières, sans demeures fixes, ne connaissant aucune de ces obligations morales qui forment les premiers liens de l'union sociale , les habitants erraient dans les

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