LIVRE PREMIER
Les habilanls de Constantinople ne bornaient pas leur commerce aux îles de TArchipel et aux côtes voisines d'Asie ; leur industrie s'était ouvert une carrière plus vaste ^ ils suivaient la route que les anciens leur avaient tracée et faisaient venir par Alexandrie les productions des Indes orientales. Quand l'Egypte fut séparée de l'empire romain par les Arabes, les Grecs découvrirent une nouvelle route par laquelle les marchandises de Tlnde pouvaient être amenées à Constantinople, en leur faisant remonter Tlndus jusqu'au point où cette grande rivière cesse d'être navigable ^ de la on les faisait passer par terre jusqu'au bord de la rivière Oxus qui les portait a la mer Caspienne. Là on les embarquait sur le Volga , et après avoir remonté ce fleuve elles allaient par terre jusqu'au Tanaïs qui les conduisait au Pont-Euxin, où des vaisseaux de Constantinople venaient les recevoir. Cette route longue et pénible mérite d'être remarquée non-seulement comme une preuve de l'extrême passion que les Grecs avaient conçue pour les superfluités de l'Orient , et comme un exemple de l'ardeur et de l'industrie qu'ils portaient dans le commerce- mais encore parce que ce fait démontre qu'on avait conservé a Constantinople la connaissance des pays lointains, pendant que le reste de FEurope était plongé dans l'ignorance.
On voit en même temps quelques rayons de lumière briller sur FOrient. Les Arabes ayant contracté quelque goût pour les sciences de ce peuple dont ils avaient contribué a renverser l'empire, traduisirent dans leur langue les livres de plusieurs philosophes grecs. Un des premiers qu'ils s'approprièrent ainsi fut un ouvrage estimable de Ptolémée dont j'ai déjà parlé. La géographie fut donc de bonne heure un objet d'étude pour les Arabes.
mais ce peuple ingénieux et subtil s'attacha particulièrement aux parties spéculatives de cette science. Voulant déterminer la figure et les dimensions du globe terrestre, ils surent appliquer a cet objet les principes de la géométrie ^ ils eurent recours aux observations astronomiques : ils employèrent enfin des expériences et des opérations que les Européens, dans des temps plus éclairés, se sont fait honneur d'adopter et d'imiter. Mais a cette première époque les travaux des Arabes ne parvinrent pas en Europe. La connaissance de leurs découvertes était réservée à des siècles capables de les comprendre et de les perfectionner.
Cependant les calamités et les ravages que les provinces occidentales de l'empire romain avaient soufferts par la conquête des Barbares , s'oublièrent peu a peu et se trouvèrent en partie réparés. Les peuples grossiers qui s'y étaient établis acquirent par degrés quelque idée de gouvernement régulier, et du goût pour les occupations et les douceurs de la vie civile : l'Europe commença a sortir de son état d'inaction et d'engourdissement. Ce fut en Italie qu'on aperçut les premiers symptômes de cette renaissance. Les tribus septentrionales qui s'emparèrent de ce pays se civilisèrent plus promptement que les peuplades qui s'étaient établies dans les autres parties de l'Europe. Différentes causes concoururent a rendre aux villes d'Italie l'indépendance et la liberté : l'acquisition de ces avantages y excita l'industrie et donna le mouvement et la vigueur a toutes les facultés actives du cœur humain. Le commerce étranger se ranima ^ on s'appliqua a la navigation et elle se perfectionna. Constantinople devint le marché principal où se rendaient les Italiens -, et non-seulement ils y trouvaient un accueil favorable ,