‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 175 sur 187 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

mission d'assister a une grande fête qui devait se célébrer k quelques lieues de la capitale. Sous le prétexte de cette solennité, les hommes les plus considérables deTempire s'étaient rassemblés. Dès que l'Incaleseut joinls , l'étendard de la guerre fut déployé, et en peu de temps tous les guerriers de la nation furent en armes, depuis les confins de la province de Quito jusqu'aux frontières du Chili. Beaucoup d'Espagnols qui vivai? nt tranquilles dans les possessions qu'ils avaient obtenues furent massacrés. Différents détachements, marchant sans précaution dans une contrée qui paraissait entièrement soumise au joug, furent exterminés. Une armée de deux cent mille hommes, si nous en croyons les historiens espagnols, attaqua Cuzco. Les trois frères se défendirent avec cent soixantedix Espagnols seulement. Un autre corps nombreux d'Indiens investit Lima et intercepta toute communication entre cette ville et Cuzco. Des troupes nombreuses de Péruviens répandus dans tout le pays empêchaient même toute relation entre les deux villes, de sorte que les Espagnols dans l'une et dans l'autre ignoraient également le sort de leurs compatriotes , et supposant les événements les plus funestes , se croyaient les seuls échappés a la destruction de leur nation au Pérou.

C'est contre Cuzco que se fit le plus grand effort des Indiens. L'Inca, a la tête d'une nombreuse armée, en forma le siège, qui fut suivi, pendant neuf mois, avec la plus grande ardeur. Les Péruviens n'y déployèrent pas au même degré le courage féroce des gu.'rriers mexicainsmais ils conduisirent quelques-unes de leurs opérations avec plus de sagacité et montrèrent plus d'aptitude à acquérir les connaissances de l'art militaire. Ils avaient observé la discipline espagnole , et ils s'efforcèrent de

rimiter. Ils tournèrent les armes européennes contre leurs ennemis. Ils armèrent un corps nombreux de leurs plus braves guerriers avec les épées , les piques et les boucliers qu'ils avaient pris aux Espagnols tués dans les différentes parties du pays. Ils avaient remarqué que les Espagnols combattaient serrés et tiraient de la leur plus grande force dans l'action 5 ils s'exercèrent k combattre de la même manière. Quelques-uns osèrent manier les mousquets et acquirent assez d'adresse pour s'en servir. Les plus hardis , parmi lesquels était Manco-Capac luimême , montaient les chevaux qu'ils avaient pris et s'avançaient hardiment, la lance en arrêt, pour charger les cavaliers espagnols. C'était cependant bien plus par leur nombre que par ces imitations imparfaites et cet usage maladroit des arts et des armes des Européens que les Péruviens fatiguaient les Espagnols. Manco-Capac se remit en possession d'une moitié de sa capitale malgré la valeur avec laquelle les Pizarres défendirent Cuzco. Il en fut pourtant chassé ensuite ; mais les Espagnols y perdirent Jean Pizarre , le plus aimé des trois frères, et quelques autres officiers de distinction. Excédés par les fatigues d'un service qui ne leur laissait aucun moment de repos , manquant de vivres et désespérant de résister plus longtemps k des ennemis dont le nombre augmentait tous les jours, les soldats de Pizarre avaient résdlu d'abandonner Cuzco, dans Tespérance de rejoindre ceux de leurs compagnons qui auraient échappé aux Péruviens ou de s'ouvrir un chemin au travers des ennemis , et de gagner la mer, où ils trouveraient quelque moyen de quitter un pays devenu le tombeau de leur nation.

La nouvelle de la révolte générale des Péruviens aurait suffi pour engager Almagro a quitter le Chili pour aller

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