‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 180 sur 187 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

péditions furent suivis par beaucoup de volontaires , qui montraient une ardeur et une confiance qu'on ne trouve que dans les aventuriers de ce siècle. Plusieurs des soldats d'Almagro s'enrôlèrent aussi , et Pizarre eut la satisfaction d'être délivré des importunités de ses partisans mécontents et de la crainte de ses anciens ennemis.

Almagro demeura plusieurs mois étroitement gardé et livré a toutes les inquiétudes que lui causait Tincertitude de sa situation. Son sort était fixé par les Pizarres depuis le moment où il était tombé entre leurs mains; mais la prudence les forçait de différer leur vengeance jusqu'à ce que les soldats qui avaient servi sous Almagro et plusieurs de leurs partisans même en qui ils ne pouvaient se confier entièrement fussent éloignés de Cuzco. Dès que cet obstacle ne subsista plus, Almagro fut accusé juridiquement pour crime de trahison, jugé avec les formalités ordinaires et condamné a la mort. Sa sentence le frappa de terreur, et quoiqu'il eût souvent bravé la mort avec la plus grande intrépidité dans les combats , il ne put sarjs faiblesse la voir s'approcher sous une forme ignominieuse. Il eut recours a des supplications basses et indignes de sa gloire. Il conjura les Pizarres de se souvenir de leur ancienne amitié et des services qu'il avait rendus a leur famille. Il rappela a François Thumanité dont il avait usé envers Ferdinand et Gonzalès, ses prisonniers , dont il avait épargné la vie malgré les remontrances de ses plus fidèles amis. Il le pressa enfin d'avoir pitié de son âge et de ses infirmités, et de lui laisser les tristes restes d'une vie qui ne pouvait pas encore être bien longue, pour lui donner le temps d'expier ses péchés et de faire sa paix avec le ciel. Les supplications d'un homme aimé de tous ceux qui avaient servi sous lui

arrachèrent des larmes de tous les yeux et touchèrent les cœurs les plus durs, dit un historien espagnol, mais les Pizarres demeurèrent inflexibles. Dès qu'Almagro \it que son sort était inévitable, il reprit la dignité et le courage d'un ancien soldat. Il fut étranglé dans sa prison et ensuite publiquement décapité dans la soixante-quinzième année de son âge. Il laissa un fils qu'il avait eu d'une femme indienne de Panama, alors prisonnier a Lima et qu'il nomma néanmoins son successeur dans son gouvernement, en vertu du pouvoir qu'il en avait de l'empereur. La guerre civile du Pérou suspendant toute communication avec l'Espagne , la nouvelle de ces événements extraordinaires n'y arriva que fort tard. Malheureusement pour le parti victorieux, elle y fut apportée par quelquesuns des officiers d'Almagro qui avaient quitté ce pays à l'époque de cette dernière révolution, et qui racontèrent les faits avec toutes les circonstances défavorables aux Pizarres : leur ambition, leur mépris pour leurs engagements les plus solennels , leur violence et leur cruauté furent peints avec toute la malignité et l'exagération de l'esprit de parti. Ferdinand Pizarre, qui arriva bientôt après et qui se montra a la cour avec une magnificence extraordinaire, travailla a effacer ces impressions et a se justifier lui-même et ses frères en représentant Almagro comme l'agresseur. L'empereur et ses ministres, sans être en état de décider avec certitude lequel des deux partis était le plus coupable, virent clairement les suites funestes qu'on devait attendre de ces dissensions. Il était bien manifeste que, tandis que des gouverneurs chargésde l'administration de deux colonies naissantes emploieraient l'un contre l'autre des forces destinées à les défendre contre l'ennemi commun, le bien public ne serait plus

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