LIVRE QUATRIÈME
de leurs ennemis et de s'enrichir des dépouilles de ceux aux mains desquels étaient tombées toutes les richesses du Pérou.
La hardiesse et le succès de cette conspiration , aussi bien que le nom et les qualités populaires d'Almagro , attirèrent sous ses drapeaux un grand nombre de soldats. Tous ceux qui désespéraient de leur fortune sous le gouvernement de Pizarre , tous ceux qui avaient souffert de ses violences ou de son avidité dans les dernières années de sa vie , se déclarèrent sans hésiter en faveur d'Almagro ; ils étaient en grand nombre , et le jeune Almagro se trouva bientôt a la tête de huit cents des plus anciens et des plus braves soldats du Pérou. Comme sa jeunesse et son inexpérience ne lui permettaient pas de les commander en personne, il nomma Herrada général. Mais, avec de si grandes forces assemblées en si peu de temps, il s'en fallut bien que son autorité fût universellement reconnue. Pizarre avait laissé beaucoup d'amis a qui sa mémoire était chère. L'assassinat cruel d'un homme a qui sa patrie avait de si grandes obligations remplissait d'horreur tous ceux qui conservaient quelque impartialité. L'origine d'Almagro, né d'une Péruvienne, et l'incertitude du titre sur lequel il fondait ses prétentions le faisaient regarder par d'autres comme un usurpateur. Les commandants de plusieurs provinces refusèrent de reconnaître son autorité jusqu'à ce qu'elle fût confirmée par l'empereur. Dans d'autres , comme a Cuzco , on leva l'étendard royal , et on fit des préparatifs pour venger la mort du gouverneur.
Ces causes de guerres ne seraient pas demeurées longtemps sans activité , mais elles acquirent plus de force aussitôt que l'arrivée de Vaca de Castro fut connue. Après
un long et pénible voyage , il fut jeté par le mauvais temps dans un petit havre de la province de Popayan , et s'avançant à petites journées par de très-mauvais chemins, il arriva enfin a Quito. Il apprit en route la nouvelle de la mort de Pizârre et les événements dont elle avait été suivie. Il produisit sur-le-champ ses patentes de gouverneur du Pérou , qui lui donnaient les mêmes privilèges et la même autorité dont avait joui son prédécesseur , et fut reconnu sans difficulté par Benalcasar adelantade ou lieutenant-général pour l'empereur dans le Popayan, et par Pedro de Puelles, qui, en Tabsence de Gonzalès Pizarre, avait le commandement des troupes restées a Quito. Yaca de Castro, en prenant ainsi possession du gouvernement, montra qu'il possédait les talents nécessaires dans une conjoncture si délicate. Par son crédit et son adresse, il eut bientôt assemblé un corps de troupes suffisant non-seulement pour être lui-même à couvert de toute insulte, mais pour être en état de faire respecter son autorité. Il dépêcha des personnes de confiance dans les divers établissements du Pérou, pour y faire notifier légalement son arrivée et sa commission , et faire connaître a ses compatriotes les volontés de l'empereur relativement au gouvernement du pays. Il envoya des émissaires qui encourageaient les officiers espagnols mécontents de la conduite d'Almagro a montrer leur fidélité pour leur souverain, en soutenant l'homme k qui ce prince avait confié son autorité. Ces mesures produisirent beaucoup d'effet. Encouragés par l'approche du nouveau gouverneur, ou préparés par ses insinuations, les sujets fidèles se maintinrent dans leurs principes et les avouèrent hautement. Les plus timides laissèrent entrevoir leur manière de penser. Ceux qui étaient encore