LIVRE PREMIER
fort étendu. L'Italie ne fut pas le seul pays où les croisades contribuèrent a ranimer et a répandre cet esprit d'activité qui préparait l'Europe a de futures découvertes. Les expéditions en Asie firent connaître aux nations européennes des pays éloignés, qu'elles ne connaissaient auparavant que de nom ou par les relations infidèles de quelques pèlerins ignorants : elles eurent par la une occasion d'observer les mœurs, les arts et les usages d'un peuple plus civilisé qu'elles ne l'étaient encore ellesmêmes. Cette communication entre l'Orient et l'Occident subsista pendant près de deux siècles. Les aventuriers qui revenaient d'Asie communiquaient a leurs concitoyens les connaissances qu'ils avaient acquises et les habitudes qu'ils avaient contractées en visitant les nations plus avancées en civilisation. Les Européens commencèrent a éprouver de nouveaux besoins^ les désirs furent excités par des objets nouveaux, et le goût des commodités et des arts des autres contrées se répandit bientôt parmi eux, au point que non-seulement ils encouragèrent les étrangers a venir dans leurs ports, mais qu'ils commencèrent a sentir les avantages et la nécessité de s'adonner euxmêmes au commerce.
Celte communication qui s'était ouverte entre l'Europe et les provinces occidentales de l'Asie encouragea différents voyageurs a s'avancer fort au delà des pays où les croisés avaient porté leurs armes, et a pénétrer par terre jusque dans les régions les plus éloignées et les plus riches de rOrient. L'esprit religieux, qui dans ce période semble avoir influé sur tous les projets des individus autant que sur les conseils des nations, fut le motif qui fit d'abord entreprendre ces longues et périlleuses expéditions : on les répéta ensuite pour des intérêts de com-
inerce ou par des molifs de pure curiosité. Un juif de Tudela, dans le royaume de Navarre, nommé Benjamin, plein d'un respect superstitieux pour la loi de Moïse, et désirant visiter ses frères et aller en Orient, où il espérait les trouver dans un état de crédit et d'opulence qui pourrait relever l'honneur de la secte , partit d'Espagne en 1160^ il alla par terre à Constanlinople, et traversa les pays qui sont au nord du Ponl-Euxin et de la mer Caspienne jusqu'à la Tartarie chinoise. De la il prit sa route vers le sud, et après avoir traversé différentes provinces de l'intérieur de l'Inde, il s'emharqua sur l'océan Indien, visita plusieurs des îles qui s'y trouvent, et au bout de treize ans revint par l'Egypte eti Europe, avec de grandes connaissances sur une portion considérable du globe, inconnue alors aux peuples occidentaux. Le zèle du chef de l'église chrétienne concourut avec celui du juif Benjamin a faire découvrir les provinces intérieures et éloignées de l'Asie. Toute la chrétienté ayant été alarmée des bruits qui se répandaient sur les progrès rapides des armes tartares sous Gengis-Kan , le pape Innocent IV envoya le père Jean de Piano Carpini a la tête d'une mission de moines franciscains, et le père Ascolino à la tête d'une autre mission de dominicains, pour exhorter Kayuk-Kan , petit-fils de Gengis et qui lui avait succédé au trône de Tartarie, a emhrasser la foi chrétienne et à cesser de désoler la terre par ses armes. Le fier descendant du plus grand conquérant que l'Asie eût jamais vu , fut étonné de ce message, de la pari d'un pontife dont il ignorait également le nom et la puissance ; mais il renvoya, sans leur faire aucun mal, les moines qui l'avaient apporté. Comme ces missionnaires étaient arrivés par différentes routes et avaient suivi quelque