LIVRE PREMIER. â
Fîle de Zipangri, qui est probablement le Japon. A son retour il excita Tadmiralion de ses contemporains par la description de ces vastes contrées dont le nom même était ignoré en Europe, et par les récits pompeux qu'il fit de leur fertilité, de leur population, de leur opulence, de leurs diverses manufactures et de l'étendue de leur commerce 5 récits qui surpassaient toutes les idées d'un peuple ignorant et grossier.
Environ un demi-siècle après , le chevalier Jean Mandeville. Anglais, encouragé par l'exemple de Marco Polo, voyagea en Orient, parcourut la plupart des pays que celui-ci avait décrits, et comme lui publia à son retour la relation de ses voyages. Les récits de ces premiers voyageurs sont pleins de contes absurdes, de monstres, de géants et d'enchanteurs-, mais cela même ne les rendait que plus intéressants pour un siècle ignorant où tout ce qui était merveilleux ne pouvait manquer de plaire. Les choses extraordinaires qu'ils racontaient, vraisemblablement sur de simples ouï-dire, frappaient d'admiration le vulgaire, tandis que les faits qu'ils rapportaient, d'après leurs propres observations, fixaient l'attention des hommes plus éclairés. Les premières circonstances doivent être regardées comme les fables et les traditions populaires des pays où ils passaient, et elles ont été rejetées à mesure que les lumières se sont répandues en Europe ; mais quelque incroyables qu'eussent pu paraître dans le temps plusieurs des faits qu'ils ont rapportés, leurs récits ont été conlirmcs par l'autorité des voyageurs modernes. Ces deux relations tournèrent la curiosité des hommes vers la connaissance des parties lointaines du globe, étendirent leurs idées sur cet objet, et non-seulement les disposèrent insensiblement a tenter de nouvelles décou-
vertes, mais encore leur donnèrent des lumières et des moyens propres à les diriger dans le choix des routes qulls avaient a suivre.
Tandis que cet esprit de recherche se développait en Europe, il se fit une découverte heureuse qui contribua plus que les efforts et l'industrie des siècles précédents à perfectionner et a étendre la navigation. On observa la merveilleuse propriété de Taimant, par laquelle il communique à une légère verge de fer ou aiguille la vertu de se diriger constamment vers les pôles de la terre. On ne tarda pas a sentir Tusage qu'on pouvait en faire pour régler la navigation, et Ton construisit l'instrument si utile et devenu si commun qu'on a appelé comjms de marine ou boussole. Cette invention donnant aux navigateurs un moyen aussi sûr que facile de reconnaître dans toutes les saisons et dans tous les lieux le nord et le sud , ils ne furent plus réduits a se guider par la lumière des étoiles ou par l'observation des côtes maritimes. Ils abandonnèrent par degrés la méthode lente et timide de côtoyer le rivage; ils se lancèrent hardiment en pleine mer, et, sur la foi de leur nouveau guide, naviguèrent au milieu de la nuit la plus sombre et dans le temps le plus nébuleux, avec une sécurité et une précision dont on n'avait pas encore eu l'idée. On peut dire que la boussole a ouvert a l'homme l'empire de la mer, et qu'elle lui assure la possession du globe en le mettant à portée d'en parcourir toutes les parties. Flavio Gioïa, bourgeois d'Amalfi, ville considérable de commerce dans le royaume de Naples, fit cette grande découverte vers l'an 1302. Tel a été trop souvent le destin des illustres bienfaiteurs de l'humanité qui ont enrichi la science et perfectionné les arts par leurs inventions, qu'ils ont retiré plus de gloire que