‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 23 sur 187 · LIVRE PREMIER. 4J · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 4J

laissant au rang de ceux dont Texistence est douteuse et l'influence peu importante. De tous ces faits nous pouvons conclure que, quoique les voyageurs qui ont visité par terre les parties de FOrient les plus éloignées aient apporté beaucoup de lumière sur cet objet, la navigation, au commencement du quinzième siècle , n'était pas plus avancée qu'elle l'avait été avant la chute de l'empire romain. Enfin arriva l'époque fixée par la Providence, où les hommes devaient franchir des limites dans lesquelles ils avaient été si longtemps renfermés, et s'ouvrir un champ plus vaste pour y déployer leurs talents, leur courage et leur activité. Les premières tentatives importantes qui se firent pour cet objet ne furent pas l'ouvrage des états les plus puissants de l'Europe ni de ceux qui avaient cultivé la navigation avec le plus de constance et de succès. La gloire de frayer la route dans celte nouvelle carrière était réservée au Portugal, l'un des royaumes les moins étendus et les moins considérables de l'Europe. Comme les entreprises tentées par les Portugais, pour acquérir la connaissance des parties du globe qui étaient alors inconnues a notre hémisphère, ont non-seulement étendu et perfectionné Tart de la navigation, mais ont encore excité un esprit de curiosité et de recherche qui a conduit à la découverte du Nouveau-Monde, dont je me propose d'écrire l'histoire, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur la naissance, les progrès et les succès des différentes opérations navales de ce peuple. Ce fut a cette école que se forma l'homme qui découvrit l'Amérique ^ et à moins de suivre tous les pas par lesquels passèrent ses maîtres et ses guides, il sera impossible de comprendre les circonstances qui ont suggéré l'idée ou facilité Texéculion de ce grand dessein.

Différents motifs déterminèrent les Portugais a diriger leur activité vers cette nouvelle route, et leur fournirent les moyens d'exécuter des entreprises supérieures en apparence à la force naturelle de leur état politique. Les rois de Portugal, ayant chassé les Maures de leurs domaines, avaient acquis du pouvoir en même temps que de la gloire par le succès de leurs armes contre les infidèles. Leurs victoires avaient étendu Tautorité royale au delà des bornes étroites où elle était auparavant circonscrite en Portugal, ainsi que dans les autres monarchies féodales. Ils disposaient de la force nationale qu'ils purent exercer avec autant d'unité dans les desseins que de vigueur dans Texécution • et après l'expulsion des Maures, ils firent servir cette force a leurs vues, sans craindre d'être troublés par aucun ennemi domestique. Les hostilités continuelles dans lesquelles ils furent engagés pendant plusieurs siècles contre les mahométans, exaltèrent et perfectionnèrent parmi les Portugais cet esprit militaire et aventurier qui distinguait toutes les nations d'Europe dans les siècles du moyen âge. Une succession contestée alluma en Portugal vers la fin du quatorzième siècle une guerre civile des plus cruelles qui augmenta l'ardeur guerrière de la nation, et forma ou fit surgir des hommes d'un génie actif, audacieux et propre aux grandes entreprises. La situation du royaume, borné de tous côtés par les états d'un voisin plus puissant, ne laissait pas aux Portugais la liberté d'exercer leur activité par terre ^ car la force de leur monarchie ne pouvait pas balancer celle du royaume de Castille^ mais le Portugal étant un état maritime qui avait plusieurs ports très-commodes, les habitants avaient déjà fait quelque progrès dans la science et la pratique de la navigation,

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