‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 27 sur 187 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Henri , doubla par cette nouvelle route le cap Bojador , qui pendant plus de vingt ans avait arrêté la navigation portugaise et était regardé comme une barrière impossible a franchir. Cet heureux voyage, que l'ignorance du siècle comparait aux plus fameux exploits transmis par rhistoire , ouvrit une nouvelle sphère aux navigateurs, parce qu'il leur découvrit le vaste continent de l'Afrique, (jui baigné par l'océan Atlantique s'étendait au loin vers le sud. On eut bientôt reconnu une partie de ce continent; les Portugais s'avancèrent dans les tropiques, et dans l'espace de quelques années ils découviirent la rivière de Sénégal et toute la côte qui s'étend du cap Blanc au cap Vert.

Jusque-la les Portugais avaient été guidés et encouragés dans leurs découvertes par les lumières et les instructions qu'ils avaient trouvées dans les ouvrages des mathématiciens et géographes anciens. Mais lorsqu'ils commencèrent a entrer sous la zone lorride, le préjugé reçu chez les anciens, que la chaleur excessive et perpétuelle qui régnait dans cette zone la rendait inhabitable à l'espèce humaine, leur ôta le courage d'aller plus avant. Les observations qu'ils firent eux-mêmes , lorsqu'ils approchèrent pour la première fois de cette région inconnue et redoutable, tendaient k confirmer l'opinion des anciens sur l'action violente des rayons directs du soleil. Jusqu'à la rivière de Sénégal, les Portugais avaient trouvé la côte d'Afrique habitée par des peuples à peu près semblables aux Maures de Barbarie ^ mais lorsqu'ils s'avancèrent au sud de celte rivière, l'espèce humaine se présenta a eux sous une nouvelle forme ; ils virent des hommes qui avaient la peau noire comme de l'ébène, avec des cheveux courts et bouclés, des nez aplatis, des lèvres épaisses et tous les

trails particuliers qui distinguent la race des nègres. Ils durent naturellement attribuer ce changement extraordinaire a rintluence de la chaleur, et ils commencèrent à craindre qu'en avançant plus près de la ligne ils n'en ressentissent des effets encore plus terribles. Des grands du royaume, qui, par ignorance, par envie, ou par celte froide et timide prudence qui rejette tout ce qui a Tair de nouveauté, avaient jusqu'alors condamné les projets du prince Henri, exagérèrent les dangers qu'on courrait à porter ces recherches plus loin , et proposèrent d'autres objections contre l'idée de tenter de nouvelles découvertes. Ils représentèrent qu'il était absolument chimérique d'espérer quelque avantage de la recherche de pays situés dans une partie du monde que la sagesse et l'expérience des anciens leur avaient fait reconnaître pour inhabitable ; que leurs ancêtres, contents de cultiver le territoire qui leur avait été assigné par la Providence , ne songeaient pas a prodiguer les forces du royaume en vains projets pour chercher de nouveaux établissements • que le Portugal était déjà épuisé par les frais des tentatives qu'on avait faites pour découvrir des terres qui n'existaient pas , ou que la nature avait destinées a rester inconnues ^ entin que ces tentatives avaient déjà causé la perte d'un grand nombre d'hommes qui auraient pu être employés à des entreprises dont le succès beaucoup plus facile aurait produit de plus grands avantages. Mais ni ces réclamations en faveur de l'autorité des anciens, ni ces raisonnements sur les intérêts du Portugal , ne purent faire aucune impression sur l'àme courageuse et vraiment philosophique du prince Henri. Les découvertes qu'il avait déjà faites lui prouvaient que les anciens n'avaient guère qu'une connaissance conjecturale de la zone torride \ et il

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