‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 29 sur 187 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cap dont elles portent le nom, et peu de temps après celles qu'on a nommées Açores, Comme les premières sont à plus de trois cents milles de la côte d'Afrique, et les dernières a neuf cents milles de tout continent , il est évident que les Portugais n'avaient pu s'abandonner ainsi dans les hautes mers sans avoir déjà fait des progrès surprenants dans Tart de la navigation.

Cette passion pour les nouvelles découvertes était au plus haut degré de chaleur et d'activité lorsqu'elle éprouva un revers funeste par la mort du prince Henri , qui avait jusque-là dirigé les entreprises des navigateurs par ses grandes connaissances, et qui les avait encouragées et soutenues par son pouvoir et son crédit. Il est vrai que pendant sa vie les Portugais, dans leurs courses les plus avancées vers le sud , n'avaient pénétré qu'a cinq degrés de la ligne équinoxiale, et qu'après une suite d'expéditions continuées pendant un demi-siècle, a peine avaientils découvert quinze cents milles de la côte d'Afrique. Ces essais de l'art naissant doivent paraître bien faibles et bien timides aux hommes qui connaissent les progrès que la navigation a faits dans son état de maturité 5 mais quelque peu considérables que fussent ces premiers efforts, c'en était assez pour diriger la curiosité des nations de l'Europe vers de nouveaux objets, pour exciter le goût des entreprises , et pour frayer la route à d'aulres <lécouvertes.

Alphonse, qui occupait le trône a la mort du prince Henri, était alors fort occupé a soutenir ses prétentions à la couronne de Castille et a poursuivre ses expéditions contre les Maures de Barbarie. Les forces du royaume étant employées à d'autres opérations, ce prince ne put pas mettre beaucoup d'ardeur a suivre les découvertes en

Afrique. Il en laissa la conduite à Fernand Gomez , négociant de Lisbonne , a qui il accorda le droit exclusif de commercer avec tous les pays dont le prince Henri avait pris possession. Les entraves et l'oppression de ce monopole ne pouvaient manquer de ralentir Fesprit de découverte-, parce que, cessant d'être un objet national, ce n'était plus que l'affaire d'un particulier, plus occupé de l'intérêt de sa fortune que de la gloire de son pays. On fit cependant quelques nouveaux progrès. Les Portugais se hasardèrent enfin a traverser la ligne, et, à leur grand étonnement, ils trouvèrent que cette région de la zone torride, qu'on supposait embrasée d'une chaleur intolérable , était non-seulement habitée , mais encore trèspeuplée et très-fertile.

Jean II, qui succéda a son père Alphonse, avait tous les talents nécessaires pour former et pour exécuter de grands desseins. Comme une partie de ses revenus, tandis qu'il était prince royal, provenait des droits établis sur le commerce qu'on faisait avec les pays nouvellement découverts, son attention se tourna naturellement vers cet objet : il en sentit bientôt l'importance , et a mesure qu'il acquit plus de connaissance sur ces nouvelles contrées, la^possession lui en parut d'une plus grande importance. Tant que les Portugais côtoyèrent les bords de l'Afrique, depuis le cap Non jusqu'à la rivière de Sénégal , ils ne trouvèrent sur cette longue côte qu'un terrain sablonneux, stérile, habité par des peuples misérables et trèspeu nombreux, professant la religion mahométane et soumis au vaste empire de Maroc -, mais au sud de cette même rivière la puissance et la religion des mahométans n'étaient plus connues. Le pays était divisé en petites principautés indépendantes ^ la population y était consi-

Page 1