‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 37 sur 187 · LIVRE DEUXIÈME. «W · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. «W

publique à la recherche des pays nouveaux qu'il espérait <le découvrir. Mais Colomb habitait depuis si longtemps des pays étrangers que ses compatriotes connaissaient mal son habileté et son caractère, et quoique gens de mer ils étaient si peu accoutumés à de grands voyages qu'ils ne purent se former aucune idée juste des principes sur lesquels Colomb fondait ses espérances de succès. Us rejetèrent inconsidérément ses propositions comme le songe d'un homme a projets chimériques, et perdirent pour toujours l'occasion de rendre a leur république son ancienne splendeur.

Après avoir rempli ses obligations envers sa patrie, Colomb, loin de se décourager par le refus qu'il venait d'essuyer, poursuivit son projet avec une nouvelle ardeur. 11 le proposa a Jean 11, roi de Portugal, dans les États duquel il avait été établi longtemps, et qu'il considéra par cette raison comme ayant, après Gênes sa patrie, un droit à ses services. Les circonstances paraissaient lui promettre que ses offres seraient goûtées. Il s'adressait à un monarque d'un génie actif, assez bon juge lui-même d'une entreprise maritime et Oatté de protéger toutes les tentatives qui avaient pour objet de découvrir de nouvelles terres. Ses sujets étaient les plus habiles navigateurs de l'Europe et les moins capables de se laisser effrayer par ia nouveauté ou la hardiesse d'une expédition maritime. L'habileté de Colomb dans la navigation et ses qualités personnelles étaient bien connues en Portugal^ l'une sufiisait pour empêcher qu'on ne regardât son projet comme tout a fait chimérique, et les autres ne permettaient pas de se défier de la droiture de ses intentions. Le roi l'écoula donc avec bonté et renvoya l'examen de son plan là Diego Oriiz, évêque de Ceuta, et à deux médecins juifs,

estimés pour leurs connaissances dans la cosmographie, et qu'il avait coutume de consulter dans les affaires de ce genre. L'ignorance avait empêché les Génois d'adopter le projet de Colomb; à Lisbonne il eut a combattre un ennemi non moins redoutable, le préjugé. Les personnes dont les suffrages devaient décider cette question dirigeaient depuis longtemps tous les projets de navigation des Portugais et avaient donné le conseil de chercher un passage aux Indes par la roule opposée a celle que Colomb indiquait comme la plus courte et la plus sûre. Ils ne pouvaient par conséquent approuver son plan sans recevoir la double morlitication de condamner leur propre théorie et de reconnaître la supériorité de l'étranger. Après ravoir fatigué de questions insidieuses et d'objections sans nombre, dans la vue de lui faire expliquer son projet avec assez de détail pour le connaître a fond , ils différèrent de prononcer un jugement définitif, et en même temps ils conspirèrent pour lui enlever la gloire et les avantages qui pouvaient lui revenir du succès de son entreprise, en conseillant au roi de faire partir un vaisseau qui devait l'exécuter en suivant la route que Colomb avait indiquée. Le roi Jean , oubliant en cette occasion les sentiments d'un souverain, eut la bassesse d'adopter ces perfides conseils; mais le pilote choisi pour suivre le plan de Colomb n'avait ni le génie ni le courage de l'inventeur. Ayant trouvé des vents contraires et n'apercevant aucune marque du voisinage des terres, il se laissa effrayer et retourna a Lisbonne, décriant le projet comme extravagant autant que dangereux.

Colomb ayant découvert cette trahison en ressentit l'indignation naturelle à une âme franche , et dans la chaleur de son ressentiment il se détermina à n'avoir plus

Page 1