LIVRE DEUXIÈME
équité et de leur discernement une décision juste et favorable. Il remit l'administration de la colonie en son absence a D. Barlhélemi son frère, avec le titre d'adelaniado , ou lieutenant - gouverneur. Par un choix moins heureux et qui devint la source de beaucoup de calamités pour la colonie , il nomma François Roldan président de la cour de justice, avec des pouvoirs très-élendus.
En revenant en Europe, Colomb prit une route différente de celle qu'il avait suivie a son premier voyage. Il fit voile directement a Test d'Hispaniola, sous le parallèle du vingt-deuxième degré de latitude; car Texpérience n'avait pas encore montré aux navigateurs la méthode plus sure et plus prompte de porter au nord pour trouver les vents de sud-ouest. Ce malheureux choix qu'on ne peut guère regarder comme une faute de la part de l'amiral, dans un temps où la navigation de l'ancien monde au nouveau était encore dans l'enfance , l'exposa a des dangers et a des travaux infinis, en le forçant de lutter continuellement avec les vents alizés qui soufflent constamment de Test entre les tropiques. Malgré l'extrême difficulté de cette navigation, il suivit sa route avec sa patience et sa fermeté ordinaires ^ mais il fit si peu de chemin qu'après trois mois il ne voyait pas encore la terre. A la fin, ses provisions commencèrent a s'épuiser. L'équipage et lui-même étaient réduits a six onces de pain par jour pour chaque personne. Mais, dans cette extrême détresse , Tamiral conserva l'humanité de son caractère et refusa de céder aux pressantes sollicitations de ses gens qui proposaient de manger les Indiens qu'ils avaient a bord ou de les jeter a la mer pour diminuer le nombre des bouches. Il leur représenta que ces pauvres gens étaient des hommes, réduits par une calamité com-
mune a la même condition qu'eux , et ayant droit a partager le même sort-, son autorité et ses remontrances écartèrent ces idées féroces suggérées par le désespoir, et elles n'eurent pas le temps de renaître , car on vit bientôt la côte d'Espagne, et toutes les craintes et toutes les souffrances prirent fin.
Colomb parut à la cour avec la confiance tranquille mais modeste d'un homme qui se regarde non-seulement comme irréprochable, mais comme ayant rendu d'importants services. Ferdinand et Isabelle , honteux de leur facilité a écouter des accusations frivoles ou mal fondées, le reçurent avec des marques de considération si distinguées que ses ennemis demeurèrent couverts de confusion -, leurs plaintes et leurs calomnies ne furent plus écoutées. L'or, les perles, le coton et d'autres marchandises précieuses que Colomb produisit parurent réfuter pleinement les propos que les mécontents avaient tenus sur la pauvreté du pays. En soumettant les Indiens à la couronne et en leur imposant une taxe régulière, il avait donné a l'Espagne une multitude de nouveaux sujets et fondé pour elle un revenu qui paraissait devoir être considérable. Les mines qu'il avait trouvées étaient une autre source de richesses encore plus abondante, et, quelque solides que fussent ces avantages, Colomb les représentait seulement comme des préludes a d'autres acquisitions et comme un garant de découvertes plus importantes qu'il méditait et auxquelles les précédentes devaient infailliblement le conduire.
Ces considérations attentivement méditées firent une grande impression non-seulement sur Isabelle, qui était flattée d'être la protectrice de toutes les entreprises de Colomb, mais sur Ferdinand même, qui, ayant rejeté