‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 72 sur 187 · LIVRE DEUXIEME. U · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. U

dence qu'ils avaient commise en laissant débarquer tant de monde, firent voile pour Saint-Domingue , et arrivèrent dans le port peu de jours après Tamiral. Mais le fonds de provisions qu'ils avaient été chargés de porter était tellement diminué par la longueur du voyage que ce qui en restait ne pouvait être pour la colonie que d'un bien faible secours.

Le renfort d'hommes qui s'était associé a la révolte de Roldan le rendit plus formidable et non moins insolent dans ses prétentions. Colomb , quoique pénétré de son ingratitude et indigné de l'audace des mécontents, ne voulut pas se presser d'en venir aux mains. Il tremblait à la seule pensée d'allumer une guerre civile dont le succès , quel qu'il fût , en affaibHssant les deux partis , encouragerait leurs ennemis communs a s'unir pour achever de les détruire. Il s'apercevait aussi que les préventions et les passions qui avaient fait prendre les armes aux rebelles avaient tellement infecté les Espagnols qui lui demeuraient tidèles, que plusieurs d'entre eux blâmeraient des mesures violentes , et que tous ne s'y prêteraient qu'avec une grande froideur. Ces considérations d'intérêt public et le danger de sa situation le déterminèrent a négocier plutôt que de combattre. Il commença par promettre une amnistie a tous ceux qui rentreraient dans le devoir, et ramena en effet par la quelques mécontents. 11 offrit de renvoyer en Espagne tous ceux qui demanderaient a y retourner, ce qui convenait a ceux que la maladie ou d'autres raisons avaient dégoûtés du Nouveau-Monde. 11 adoucit l'orgueil de Roldan en lui promettant de lui rendre son emploi , et satisfit l'avidité \ de tous en leur accordant la plus grande partie de leurs demandes. Ainsi, par degrés et sans répandre une goutte

de sang, il parvint a rompre cette association dangereuse qui menaçait la colonie d'une ruine entière et à rétablir au moins les apparences de Tordre , de la tranquillité et <\\m gouvernement régulier.

En conséquence de cet accord avec les mutins, on donna des terres a chaque colon dans différentes parties de Tîle, et on imposa aux Indiens de chaque district l'obligation de cultiver une certaine quantité de terrain pour leurs nouveaux maîtres. Ce travail fut substitué au tribut qu'on avait d'abord exigé. Mais quelque nécessaire que pût être ce règlement dans une colonie encore faible, il fut pour ce malheureux peuple la source de calamités sans nombre et des plus cruelles oppressions, en introduisant dans tous les établissements espagnols les repariimientos ou répartitions d'Indiens. Ce ne fut pas même le seul effet funeste de la révolte d'Iiispaniola. Elle empêcha encore Colomb de poursuivre ses découvertes sur le continent-, car sa propre sûreté l'obligea de garder près de lui son frère l'adelantade et les gens de mer qu'il aurait pu employer a cette expédition. Aussitôt que l'état des affaires le lui permit , il envoya quelques-uns de ses vaisseaux en Espagne avec un journal de son dernier voyage, une description des nouvelles contrées qu'il avait découvertes, une carte de la côte le long de laquelle il avait navigué, et des échantillons de l'or, des perles et des autres productions curieuses ou précieuses qu'il avait eus par échange des naturels du pays. En même temps il fit passer à la cour un récit de la révolte d'Hispaniola, dans lequel il accusait les mutins non-seulement d'avoir excité dans la colonie des troubles qui pouvaient entraîner sa ruine , mais d'avoir mis obstacle a toutes les mesures qu'on aurait pii prendre pour pousser les décou-

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