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FLANDRE ORIENTALE

Aucun voyageur n'a passé à Gand depuis plus d'un siècle sans visiter et décrire son béguinage et les écoles dentellières qui en dépendent. « Les femmes, écrit en 1756 Fauteur anglais du « Grand Tour, y sont au nombre de près de 5,000; elles vont où « elles veulent et emploient leur temps à faire, de la dentelle. » Savary cite les fausses valenciennes, qu'il affirme être égales aux réelles en beauté : « elles sont, continue-t-il, moins serrées, ce un peu moins solides et un peu moins chères » .

Cent ans plus tard, nous retrouvons les béguines dirigeant toujours leurs écoles ; elles sont moins nombreuses, il n'y en a plus que 800 ; les religieuses montrent aux visiteurs leur Raphaël et leurs dentelles : de la peinture à la dentelle, la transition n'est pas trop brusque.

Les meilleurs renseignements que nous connaissions sur la fabrication de la dentelle à Gand se trouvent dans une lettre écrite en 1815, à sir John Sinclair par M. H. Schoulthem. « Lorsque les « Français entrèrent dans les Pays-Bas, dit-il, les manufactures « de dentelle employaient un nombre considérable d'ouvriers des

(t) A Gand, le fil est tordu deux fois et demie ; à Courtrai, trois t'ois et demie ; chaque ville a sa maille particulière.

(2) L'Industrie dentellière belge, parB. van der Dussen; Bruxelles, 1860.

ce deux sexes ; une grande activité régnait à Gand, la dentelle qu'on « y faisait était destinée à F usage ordinaire et se vendait en Hol- « lande, en France et en Angleterre. On en exportait aussi de ce grandes quantités d'une espèce particulière, en Espagne et aux « colonies. Il est à craindre qu'après une interruption de plus de « vingt années cette branche lucrative de commerce ne se trouve a annihilée à tout jamais : les changements de la mode auront « pénétré jusque parmi les colons des Indes occidentales, dont les « ornements préférés étaient autrefois les dentelles et les franges « de Flandre. »

Dans quelque mesure que se soient réalisées ces craintes, la fabrication de la dentelle, dans la Flandre orientale, n'en est pas moins très-florissante aujourd'hui. Elle est répartie dans 200 fabriques et dans 450 écoles, dirigées par des religieuses. Même dans les hospices, toute femme capable de manier un fuseau emploie sa journée à faire de la dentelle.

Les villes de Grammont et d'Enghien , qui fabriquaient autrefois une dentelle blanche commune, Font remplacée par de la dentelle de soie noire. Cette dentelle est remarquable par sa solidité et la régularité de son exécution ; grâce à son bas prix, elle ne peut manquer de faire une redoutable concurrence aux produits de Caen et de Bayeux.

HA1NAUT.

Les dentelles de Mons et celles qu'on appelait figures de Chimay, ont joui, pendant la première partie du dernier siècle, d'une grande réputation. Savary estime les produits de la petite ville de Binche. « Ces dentelles, dit-il, sont égales à celles du Brabant et « des Flandres; elles se font dans les monastères de la province « qui n'ont en partie pour se soutenir que les profits qu'elles rap- « portent. » La dentelle de Binche semble avoir été en vogue avant la révolution. Il en est question dans l'inventaire de la

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duchesse de Modène, fille du Régent ( 1 761 ) , et dans celui de Mlle de Charolais (1758) qui possédait un couvre-pieds , mantelet , garniture de robe, jupon, etc., de cette même dentelle. Dans les Misérables de Victor Hugo, le vieux grand-père fouille dans une armoire et en tire « une ancienne garniture cle guipure de Binche » pour l'habit de noce de Colette. M. Hugo a dit à Fauteur que, dans sa jeunesse, il avait vu de la guipure de Binche d'une grande beauté.

Nous avons mentionné les villes des Pays-Bas les plus renommées pour la fabrication de la dentelle. 11 en reste encore quelques-unes à indiquer.

A la Roche (duché de Luxembourg) , presque toute la population est occupée à faire de la dentelle au fuseau. Liège, aux jours de sa grandeur épiscopale , pratiquait le commerce des dentelles comme les autres villes du pays. Un des plus anciens livres de modèles, celui de Jean de Glen, copiste de Vineiolo, fut publié à Liège, en 1597. Les dentelles de Liège sont mentionnées avec celles de Lorraine et de Franche-Comté , dans un tarif réglé par un édit du 18 septembre \ 664. Cette industrie déclina à Liège jusqu'en 1803, époque où les commissaires français la classèrent « parmi les fabriques moins considérables » .

Les dentelles de Saint-Trond (province de Limbourg) semblent alors avoir eu quelque importance. « On fait des dentelles à Saintce Trond, dit le rapport de 1803, et 800 à 900' personnes y sont (( occupées, soit chez elles soit dans les ateliers des fabricants. Ces « dentelles ressemblent à celles de Bruxelles et de Malines , quoi- « qu'elles aient moins de réputation. Elles se vendent principalece ment en Hollande et à la foire tle Francfort. » Le rapport conclut en émettant l'avis que des mesures soient prises pour mettre un terme aux abus causés par la mauvaise foi des dentellières, qui

vendent souvent les matériaux qu'on leur donne à mettre en œuvre (1).

Depuis quelques années l'immense développement du commerce de la dentelle en Belgique a fait disparaître les spécialités qui caractérisaient la fabrication de chaque ville. La dentelle noire, la blanche, le point, la dentelle au fuseau, se font également dans chacune des provinces de ce florissant royaume.

(1) Statistique du, département de la Meuse-Inférieure, par Cavenne, an X.

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