‹ Histoire de la dentelleChapitre 96 sur 108 · GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

GRANDE-BRETAGNE

L'industrie dentellière du comté de Buckingham et des comtés voisins souffre sérieusement depuis quelques années de la concurrence que lui font les dentelles de Caen et surtout celles de Grammont.

Le point d'Honiton prouve qu'on sait faire de belles dentelles en Angleterre; il serait difficile d'imaginer rien de plus fin, de plus délicat, de plus frais que ce charmant travail. Parmi les objets envoyés à l'Exposition, une pointe et un volant d'Honiton ont été justement admirés pour la richesse du dessin et la perfection du travail. On ne peut refuser aux dentellières du Devonshire une remarquable habileté; mais il y a peu de traces dans ces produits, quelque valeur qu'ils aient, de ce sentiment de Fart dont beaucoup de fabricants français sont doués et qui les pousse sans cesse à créer et à perfectionner. La guipure d'Honiton est la dentelle favorite de la reine Victoria ; elle est presque d'étiquette à la cour d'Angleterre. Le prix en est très-élevé.

La guipure d'Irlande n'est pas rare à Paris , mais elle y est peu estimée.

Malte fabrique toujours des guipures de fil blanc et de soie noire qui sont d'excellente qualité, mais dont les dessins restent invariables.

L'Exposition a fait connaître enfin que les paysannes de Santiago, au Chili, font une dentelle torchon pareille à celle qu'avaient exposée les Dalécarliennes.

En résumé, cette belle industrie des dentelles, où la France occupe le premier rang, mérite à tous égards d'être encouragée. Elle produit la plus élégante des parures, et de plus elle a le précieux avantage de ne pas séparer l'ouvrière de la famille. Dans les campagnes il arrive souvent même que les soins du ménage et les travaux des champs alternent avec l'oeuvre de Faiguille et des fuseaux. Aussi cherche -t-on partout à propager une industrie qui peut s'exercer dans de si favorables conditions. A Alençon, à Bayeux, à Caen, à Dieppe, on a créé des ateliers-écoles, dont le nombre se multiplie chaque jour dans les communes environnantes; c'est en Auvergne toutefois qu'on a fait le plus de sacrifices et d'efforts. Dans le nord de la France également on s'empresse de fonder des écoles dentellières partout où la fabrication de la dentelle a chance de succès. En Belgique et en Allemagne, même chose a lieu. M. Schneider, président du Corps législatif, désirant donner une occupation aux femmes et aux filles de ses ouvriers en 1848, a fait venir au Creuzot des dentellières de Bayeux, qui les ont initiées à leur industrie. On fait maintenant au Creuzot de bonnes dentelles noires.

Puisse la mode ne pas délaisser ces jolis tissus, qui sont le plus charmant ornement à tout âge, depuis le bonnet de baptême jusqu'à celui de la respectable grand'mère, et dont le triomphe est surtout dans la parure des jeunes mariées ! C'est le vœu que nous formons en terminant cette étude.

APPENDICE

Page 1