RÉFORMES DE PIER R E-LË-G R AND
rades, ou, comme disait la cour de Sophie, de ses dtver tisseurs. Ce régiment s'était formé, comme l'histoire nous apprend que se formèrent dans l'antiquité, et le corps d'élite du pharaon Sésostris, et le corps des Compagnons du père d'Alexandre-le-Grand. Il se composa^ dans le principe, de cinquante jeunes boyards de l'âge de Pierre I" ou à peu près, et recevaut comme lui et auprès de sa personne, sous les auspices de Lefort, une éducation toute militaire, à la vérité, mais tout européenne. Celui qui fut plus tard le fameux MenchikoiT, pauvre apprenti pâtissier dans son enfance, figurait des premiers sur les cadres de cette troupe choisie, qui portait on peut dire en ses mains l'avenir de la Russie. Lefort en était capitaine ; Pierre P' y servait en qualité de simple soldat, en attendant que, par son mérite, il eût successivement conquis tous les grades, depuis celui de tambour jusqu'à celui de général. C'est ainsi qu'il se soumettait lui-même à la loi sur l'avancement par ordre de mérite , établie par Féodor Romanow à la place des rangs héréditaires. Conformément au goût de Pierre P% on faisait surtout, dans ce régiment, de l'application. Avait-on appris un peu comment on s'y prenait en Europe pour défendre ou attaquer une place, aussitôt une citadelle était construite d'après les plans de Timermann ; les Potescbnoï se chargeaient, les uns de la défense, les autres de l'attaque ; Pierre se confondait dans leurs rangs ; Lefoit dirigeait l'entreprise, au risque d'être blessé par quelqu'un de ses disciples inexpérimentés, comme cela lui arriva une fois, selon Yoltaire, et une action sérieuse commençait, où cha-
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cun était appelé à faire preuve de son savoir-feire. Ce premierrégiment s'accrut peuàpeu prodigieuifRient : par une émulation qui faisait le plus grand plaisir à Pierre, tout le monde bientôt voulut en être ; aussi les cinquante Poteschnoï primitifs se virent-ils, en 1688, centuplés. On donna à ce régiment le nom du lieu où il avait été créé, celui de Pétrobrajenski. Lefort en organisa promptement un autre , qui, d'une autre localité située aussi dans le voisinage de Moscou, fut appelé le régiment de Séménowski. Ils formèrent les fameux régiments des gardes, et Pierre les destinait à remplacer les Strélitz, qui lui préféraient pour le gouvernement, Ivan V^ malgré sa faible capadté, et la princesse Sophie, et qui déjà, par une ou deux révoltes, avaient fait éclater leur mécontentement.
Pierre V s'empare du pouvoir. Ses réformes militaires.
En possession d'une armée organisée et disciplinée à l'européenne, il s'en servit en 1689 pour appuyer une conjuration dont Lefort avait disposé tous les fils et qui aboutit au renversement du gouvernement de Sophie et à l'élévation de Pierre P' comme seul et unique czar. Alors, ayant appris que Louis XIV, en France, avait révoqué l'édit de Nantes, il publia, en 1689, un ukase pour offrir aux réformés français un asile en Russie (1); et, en même temps, pour
(1) Schœll, seci. m, p. 150, t. XXXV.