LA MAOIE DANS LA DIVINATION
C'est la magie qui fournit le thème sur lequel 8*ezerce la pénétration mantique. Et il ne faut pas croire que ces mé* thodes entachées de magie soient toutes comprises dans les aberrations maladives de la décadence. Si le mot de (iflEvtéiAftpc, qui exprime cette combinaison de la mantique avec la magie» appartient à la langue du Bas-Empire, l'idée vient de plus loin. Non-seulement l'auteur de VIliade met aux mains de ses dieux des instruments qui ont une efficacité inhérente à leur substance^; non^seulement la nécromancie, qui a besoin de la magie pour évoquer les ombres révélatricesy est pratiquée par le héros de VOdysséCy mais nous aurons occasion de constater que, dès l'antiquité la plus reculée, l'exaltation intellectuelle dont s'alimentent, à droits égaux, la divination et la poésie était considérée comme produite par une vertu mystérieuse attachée à l'eau des sources par les nymphes. On pourrait même, en généralisant davantage, dire qu'il y a un élément magique dans toute pratique ou cérémonie destinée à préparer ou produire un effet divinatoire. Il ne resterait alors à Ja divination pure que l'observation des signes fortuits, sur lesquels la volonté humaine n'a exercé aucune influence préalable, c'est-à-dire la moindre partie de ses ressources.
Gomme la magie sert d'auxiliaire et de véhicule à la divination, celle-ci, à son tour, éclaire la magie et l'aide à perfectionner ses méthodes. Il y a toute une branche de l'art divinatoire, l'iatromantique ou mantique appliquée à la médecine, qui n'est autre chose qu'un mélange, en proportions variables, de divination et de magie. Les remèdes découverts
\) lastruments magiques dans Hom^.re : la ceinture irrésistible d'Aphrodite illiad.^ XIV, 225 sqq.); — la baguette d'Hermès psychopompe {Iliad.^ XXIV, HZ'jOdyss., V, 47; XXIV, 3); — le breuvage consolateur d'Hélène (Od^ss., IV, 220 sqq.); — la baguette et le breuvage deCircé {Odyss.f \, 210-450); — les formules ctiratives des fils d'Autolycoi {Odyss., XIX, 457); — le chant des Sirènes [Odyss,^ XII, 40), etc.
par cette divination étaient de véritables recettes magiques, et les maîtres de l'art l'entendaient si bien ainsi qu'ils tenaient la résurrection des morts pour chose interdite, mais non pas impossible \
La divination et la magie, solidaires du même principe et associées dans leurs méthodes, ne pouvaient manquer de se confondre aussi dans leurs représentants. On peut bien considérer les magiciennes de, l'âge mythique, Circé et Médée, comme dépourvues de facultés prophétiques, mais la magie apparaît intimement unie à la science divinatoire chez le plus ancien devin que connaissent les légendes de la Grèce, Mélampus. Mélampus est surtout un médecin de l'âme et du corps, qui se sert de la divination pour découvrir, dans la région des forces surnaturelles, les causes et les remèdes des maladies. La plupart des oracles se sont fixés en des lieux où l'inspiration prophétique était inséparablement liée à certaines conditions matérielles tout à fait assimilables à des instruments magiques, sources, grottes, exhalaisons telluriques, arbres sacrés, dont la volonté humaine pouvait user à son gré pour provoquer la révélation surnaturelle. Il n'est pas jusqu'à la théurgie néo-platonicienne qui n'ait des précédents dans l'âge héroïque. On sait comment Ménélas arrache de vive force au vieux Protée ses révélations *. La contrainte que le héros applique à un dieu déchu, les théurges en useront vis-à-vis des olympiens eux-mêmes. Leurs conjurations ont plus de puissance que les bras musculeux des guerriers homériques, mais leurs agissements sont les mêmes. La surprise de Protée offre déjà le trait caractéristique de la magie, c'est-àrdire la subordination des forces surnaturelles à la volonté de l'homme.
i) Y., tome UI, Orades d'Asklêpios (Esculape). — 2) Hou. Odyss.^l,Wi\ IV, 350-386. Cf. ViRG. Georg,, IV, 405 sqq. On voit, dans d'antres légende.^ le mdme procédé employé Tis-à-vis de Silène, de Pieus ti de Fannns.