‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 134 sur 149 · ÉVOCATION DES DIEUX · texte numérisé non relu

ÉVOCATION DES DIEUX

indifféremment aux évocations des morts ou à celles des génies, des héros, des dieux, tous êtres surnaturels dont la magie néoplatonicienne troublait souvent le repos.

Il est inutile, par conséquent, d*ouvrir un chapitre à part pour les théophanies ou apparitions d'êtres divins, car nous nous trouverions en présence des théories et des procédés qui servent à la nécromancie. Les évhéméristes, qui regardaient les dieux comme des morts divinisés, supprimaient même toute différence entre ces deux ordres de phénomènes surnaturels. On ne conçut d'abord les apparitions divines que comme spontanées, ou tout au plus appelées par la prière. Généralement, les dieux et, surtout les héros, apparaissaient pour demander des honneurs nouveaux, un culte spécial, ou pour donner des avertissements utiles, ou pour protéger à l'heure du péril, rarement pour épouvanter ou pour menacera Encore prenaient-ils d'ordinaire le parti de se montrer en songe. La théurgie néoplatonicienne opéra des évocations divines ou héroïques par la force des recettes magiques, abso-

lablemenl « eiihcanté. » C'est de cette façon qae Didias Jalianus apprit sa chute prochaine et ravénement de Sévère (Spârtian. Did, Jul,^ 7). Oq iiaagina aussi de faire parler des tètes de morts (Phleg. Trall. Mirab,, Ilf, 50) des statues de dieux, de héros, etc.. Tout cela dérive logiquement de Tidée première, à savoir, que les esprits révélateurs peuvent être attirés et fixés, par le pouvoir des formules, dans de5 instruments matériels. — 1) Voy. les apparitions divines à Marathon et à Salamine (Herod., VI. 117; Pausan., TIII, 10, 4), celle de Poséidon, dans une bataille entre Mantinéens et Spartiates (Pausan. Ibid,\ d'Héraklès à Leuctres (Xenoph. Heilen., VI, 4, 7), des Dioscures à Stenyclaros, dans^ les guerres de Messénie (Pausan., VI^ 25, 3). Apollon, assisté de quatre anciens héros, défend lui-même son temple de Delphes contre les Gaulois (Justin., XXIV, 8. Pausan., I» 4, 4; X, 23, 2). Déméter tue elle-même Pyrrhus à Argos (Padsan., VI, 25, 3), etc.. Un certain nombre de ces théophanies sont du ressort de la divination. C'est ainsi que Pan envoie un message aux Athéniens par le héraut (Hkrod., VI, 105. Pau- SAN., VIII, 54, 5), et que Jupiter envoie à deux reprises des courriers munis de ses instructions àSylla (Augostin. Civ, Dei., Il, 2^]. Le relevé de tous les faits de ce genre serait interminable. Sur les théophanies^ vuy. une série de mémoires de l'abbé Foucber, dont le cinquième (1766) sur les Théophanies païennes. (Mém. de TAcad. des Ins'^r., XXXVT, p. 292 ?qq,)

lument comme on contraignait les morts à satisfaire la euriosité des consultants. On disait cependant que cette manière peu respectueuse d'entrer en relation avec les dieux n'était pas nouvelle, et que les plus pieux des mortels, Numa et Pythagore, en avaient jadis u^é*.

Toutes ces rêveries et pratiques mystérieuses sont en-dehors du champ lumineux où l'imagination grecque aimait à se mouvoir, avant d'être subjuguée et comme enivrée par les superstitions orientales*. II est temps enfin d'échapper à cette fantasmagorie et de nous replacer sur le terrain du merveilleux raisonnable que le génie hellénique, tant qu'il a été maître de lui-même, a refoulé et contenu dans les profondeurs

1) Adgcstin. Civ. Bel,, VII, 35. — 2) On voit, ea Grèce, la croyance aax apparitions miraculeuses reculer peu à peu devant les progrès de la rais-n et reprendre ensuite tout le terrain quecâlle-ci, accablée par Tinvasion du mysticisme oriental, lui cède presque sans combat. Homère était déjà un esprit à demi émancipé. Il croit les théopbanles fréquentes dans Tâge héroïque dont il est le chantre, mais rares ou plutôt impossibles de son temps. On peut même constater que, de V Iliade à VOdyssée, le commerce entre les dieux et les héros devient moins fréquent et moins matériel. Âthênè apparaît à Ulysse, mais sans se laisser voir de Télémaque, cnr, dit le poète, « les dieux n'apparaissent pas visibles à tout le monde. » (Hom. Odyss., XVI, 161. Cf. NiEGELSBACH, Nom. Theolog,, p. io3 sqq.). Dans T&^e classique, les apparitions sont laissées à la légende et au théâtre qui l'exploite. Hérodote ne garantit aucnne de celles qu'il insère çà et là dans son histoire. La foi aux théophanies reprend avec la décadence et devient une obsession fastidieuse, stimulée qu'elle est à la fois par le patriotisme local, par l'émulation que développe la rivalité des religions, et protégée contre l'esprit scientifique par une ignorance de joar en jour plus complète. Chaque ville se vante d'avoir été visitée, conseillée, défendue par ses dieux et ses héros; Timagination, encouragée par la crédalité, forge ainsi, à peu de frais, des documents pour les panégyriques et des arguments pour les polémistes. C'est ainsi que les apôtres Paul et Barnabe sont pris pour Zeus et Hermès par les gens de Lystra (Ad, AposL, xiv, i\). Il faut lire, dans V Histoire romaine de Dion Cassius, l'incroyable équipée de ce « génie qui se disait Alexandre de Macédoine, » et qui, après avoir mené grand tapage avec son escorte de quatre cents fanatiques à travers la Moesie et le Thrace, partout hébert^é par les autorités civiles et militaires, rentra sous terre, une certaine nuit, près de Chalcédoioe. Cela se passait sous le règne d'Héliogabale, et l'historien, sans être sûr que ce génie fiit bien Alexandre, n'a pas l'air de soupçmner que ce devait être un imposteur en chair et en os.

CARilCTÈRB EXOTIQUE DE LA METHODE 343

de la conscience. L'inspiration intérieure, la lumière invisible aux yeux du corps, que Tintelligence divine projette spontanément dans rame humaine et qui se traduit au-dehors par le langage, voilà l'agent surnaturel de la révélation telle que la dispensaient les oracles apolliniens, de la divination intuitive, conçue sous sa forme k la fois la plus solennelle et la plus simple.

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