‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 25 sur 149 · LE DÉMON DE SOCRATE · texte numérisé non relu

LE DÉMON DE SOCRATE

des instruments do la révélation. Xénophon, dans la Cyropédie\ conseille aux rois, par la bouche d'Astyage, d'apprendre eux-mêmes la mantique pour ne dépendre de personne, et Platon a soin de garantir son État modèle contre l'abus de la révélation.

En limitant ainsi l'usage de la divination, Socrate n'établissait pas de distinction entre les diverses méthodes divinatoires. Il acceptait sans doute toutes celles qui étaient consacrées par l'usage. Cependant il avait une prédilection particulière pour la révélation intérieure, celle qui met l'âme en communication directe, bien que confusément perçue, avec la divinité. Il était convaincu qu'il portait en lui-même un oracle dont il écoutait la voix avec déférence. C'était là ce qu'il appelait son Démon ou Génie, être mythique par lequel il désignait une inspiration divine, distincte de sa propre conscience*. Il croyait de même aux songes et aux pressentiments ', qui ne diffèrent pas sensiblement des autres formes de la révélation intérieure.

Socrate pratiquait ainsi la divination pour son cdmpte et même pour celui des autres ; il était prophète en répétant les avertissements de son génie*, devin en interprétant les songes, comme il le fit pour lui-même quelques jours avant sa mort •. La foi en la mantique n'a reçu de Socrate aucune atteinte; elle a même été introduite par lui dans la philosophie avec son caractère surnaturel et mise àlaplace d'honneur.

Le platonisme héritera de cet esprit religieux en le poussant du côté du mysticisme, mais les premiers socratiques furent moins accommodants. Ils rompirent, au profit de la raison discursive, l'équilibre maintenu par le sens pratique de Socrate, et firent table rase de ces croyances sentimentales.

i) Xekopd. Cyrop.j I, 6,2. — 2) Xenopb. Apolog.^ 2. — 3) Plat. Criton, 2, 4i; Phedon^ 60; Ajyolog., 33. — - 4) Xf.noph. Apolog.j 3. — o) Plat. CriLon^ 2.

Antisthène donna le premier assaut au surnature], et Diogènes^ rua par la broche avec son sans-gêne habituel. Il disait qu'en voyant des interprètes de songes et des devins, et surtout les croyants qui les écoutent, il était tenté de considérer rhomme comme la plus sotte créature qui fût au mondée Les cyniques, qui plaçaient le bonheur dans la possession de soi, n'avaient que faire de tout ce qui tire au dehors l'attention de l'homme et tend à remettre en question son indépendance. Ils ne niaient pas l'existence d'un Dieu invisible ; mais, si sa providence pouvait, à son gré, conseiller le troupeau des humains, elle n'avait rien à dire au sage qui savait trouver en lui-même sa fin et son bonheur. Ou la divination n'était qu'une supercherie, ou elle n'était faite que pour des esprits malades.

Les cyrénaïques, plus fï*ancs encore dans leur athéisme, durent accabler du même mépris l'inquiétude intérieure que satisfait, que console la divination. Toute la philosophie consistait pour eux à savoir tirer parti du moment présent, sans curiosité pour le passé, sans souci pour l'avenir. C'est d'eux que vient, contresigné par Épicure, le mot d'Horace : € Garde-toi de chercher ce qui doit arriver demain*. »

Enfin, l'école de Mégare fit assez entendre ce qu'elle pensait des pratiques religieuses en général et de la divination en particulier, le jour où son plus brillant dialecticien, Stilpon, dit à Cratès qu'on ne pouvait parler de ces choses-là dans la rue'. S'il est vrai que Stilpon ait prétendu avoir eu en songe un entretien avec Poséidon, entretien dans lequel il persuada au dieu qu'il avait tort d'exiger des sacrifices de taureaux^ on voit assez que c'était là un moyen ingénieux de mettre son incrédulité sous la sauvegarde même des dieux.

1) Dioo. Lakrt., Vf, 24. — 2) IIorat. Od. f, ix, 13. — 3) Diog. Laert., Il, 116. — 4) Plut. Pro/l in virt., 12.

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