PORPHYRE KT LA THEOSOPHIE
Démocrite. Les communications des génies sont toutes spontanées et dictées par leur bienveillance naturelle. Elles constituent, par conséquent, un trésor précieux pour l'humanité. Aussi notre philosophe se promet-ii un excellent effet de la collection d'oracles qu'il avait coordonnés en corps de doctrine à l'usage des hommes de foi. Il écrivit un livre « sur la philosophie tirée des oracles'. » Porphyre n'était pas le premier qui eût eu l'idée de recueillir
. les révélations émanées des oracles. Un siècle avant lui, le Chaldéen Julianus avait publié un recueil d'oracles en vers», et d'autres travaux plus spéciaux» avaient préparé celui de Julianus. Mais ce fut Porphyre qui introduisit dans l'enseignement philosophique l'exégèse de textes sacrés. Il imitait ainsi les chrétiens, contre lesquels l'hellénisme engageait
, alors une lutte acharnée. A partir de ce moment, les « divins oracles » devinrent l'objet d'une étude sérieuse : la théosophie allait substituer sa méthode propre à celle de la philosophie. Porphyre cependant donnait encore à la philosophie le pas sur la religion. Il semble même être revenu, dans son âge mûr, sur les concessions qu'il avait faites, dans sa première ferveur, à quantité de croyances indémontrables, et particulièrement à la crédulité illimitée des partisans de la divination. Il comprenait les difficultés théoriques que soulève la doctrine de la divination, et, dans sa lettre au prêtre égyptien Anebon, il pose des questions fort embarrassantes. En quoi consiste la divination? Qu'est-ce au juste que Textaseprophé-
i) EusEB., IV, 7; VIII, 1; V, 5. Fihm. Matern. A/a</ies., XIII, 4. G. Wolff, Porphyriideplàlosophiaexoraculiskaurienda librorum reliquiœ, Beroîin. t8o6, — 2) Suidas, s. v. 'louXixv^ç. Sur les deux Julien, le Chaldéen et le Thôurge, et sur cette littérature mystique en général, voy. Lobeck, Aglaophamus,^, 98- < H; 224-226. G. Bernhardv. Grundriss der griech. Lilterat., Il 2, p. 4o3- 4o7. — 3) On avait des notices sjr les oracles et des collections de textes par Onomacrite, Héraclide de Pont, PhUochore, Chrysippe, Mnasea? de Palrae, Ister, Nicandre, Phlégon de Tralles, Elien, Œnomaos, etc....
tique et le songe prophétique? Pourquoi Textase est-elle produite par divers moyens et le sens prophétique attaché à divers signes? Les dieux sont-ils au service des devins? Apparaissent-ils objectivement ou subjectivement, ou des deux manières? La connaissance de l'avenir vient-elle de l'âme ou de la divinité? La divination ne serait-elle pas, vu la sympathie de toutes les parties par rapport au tout, la conséquence naturelle des moyens employés ? Comme elle est, en somme, plus nuisible qu'utile, ne serait-elle pas due à des génies inférieurs peu éclairés et même peu véridiques * ?
Il ne refuse pas de croire à la divination et à toutes ses méthodes, mais « la divination, dit-il, n'est assurément point le seul chemin vers le bonheur, puisqu'on peut avoir cette science et ne point savoir en user ou s'en servir pour importuner mal à propos la divinité sur la fuite d'un esclave, l'achat d'une terre, un mariage ou un négoce*. » Il déclare même ailleurs que « le philosophe n'aura que faire de consulter les devins et d'interroger les entrailles des victimes^. » Il veut que le sage, au lieu de chercher à s'assimiler la faculté divinatoire avec des mets saugrenus, s'eflForce de s'approcher par lui-même de Dieu pour lui parler seul à seul, non pas de projets mesquins, mais des « choses éternelles. » C'est aux âmes vulgaires, incapables de ce colloque spirituel, que Dieu parle par des songes, des présages fortuits et des voix-*.
Ce langage surprend quelque peu chez un philosophe aussi dévoué aux idées religieuses, surtout chez l'exégète des oracles. Au fond, la pensée de Porphyre a mûri, mais elle est restée conséquente avec elle-même. Il sent que la révélation compromet sa dignité en se mêlant k toutes les vulgarités
1) PORPHYR. Ad i47î6&., 12-26. — 2) PORPHYH. Ibid,,1i, — 3) PORPHTR. De
abstin., Il, 31. -^ 4)PonPHYR. Ibid., H, 49, 51. 53.
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de la vie quotidienne; il voudrait voir tomber en désuétude cette divination triviale qui trouve, dans les moindres incidents, matière à conjectures, et ne reconnaître que la révélation solennelle, telle qu'elle avait été dispensée par lés oracles. Celle-ci même a parlé assez longtemps pour qu'il suffise désormais de méditer ce qu'elle a apporté de vérité au monde. Porphyre voudrait fermer le livre qu'il a écrit sous sa dictée, à l'exemple des chrétiens qui ne mettaient pas en jeu constamment, au gré du premier venu et pour contenter une curiosité puérile, l'inspiration divine d'oti était issue leur tradition écrite.
Ces efforts indiquent chez Porphyre un grand sens pratique, mais il s'arrêtait arbitrairement dans la voie oti l'entraînaient les conséquences de ses principes, et ses disciples ne voulurent pas s'arrêter avec lui.
lamblique, de Chalcis en Cœle-Syrie, à rencontre de Porphyre et de Plotin qui inclinaient vers le fatalisme naturel, livre tout à l'arbitraire divin. On cherchers^it vainement dans son système quelque chose d'immuable et de réglé, et l'on a peine à comprendre que la foi à l'astrologie ait pu y trouver place*. Il semble qu'avec de tels principes, l'avenir risque fort de n'avoir point de plan et d'être inconnaissable. Mais les dieux le connaissent, parce que c'est leur action qui le produit et, en général, parce qu'ils savent tout. La liberté humaine n'est pas plus garantie qu'avec le fatalisme pur, mais on s'explique peut-être plus facilement que la divination soit utile.
Pour lamblique, la mantique et la théurgie, ou l'art de produire Dieu dans l'âme, sont les guides les plus assurés de l'existence. La théurgie contient, du reste, la mantique ;
i ) lamblique avait écrit un gros livre : ïïspl t^« yoXSaVxîîç TeXetoTdrrjÇ ^tXooof («ç. Voy. G. WoLPP, op, cit,, p. 66.
elle fait tomber tous les voiles qui séparent l'âme de la vérité absolue et la met face à face avec la source de toute révélation. L'initié s'élève par quatre degrés successifs à cet état de perfection. Il est mis d'abord en communication avec Dieu par des statues animées qui rendent des oracles; puis par des énergumènes ou possédés ; en troisième lieu, par un théurge achevé qui lui raconte ce qu'il a vu; jusqu'à ce que, enfin, il soit admis lui-même à « l!autopsie » ou vision immédiate des puissances surnaturelles * .
Le livre des Mystères, signé d'un pseudonyme, Abammon, et qui a été attribué à lamblique, est une réponse directe à l'écrit de Porphyre, la Lettre à Anebon. Aux doutes de Porphyre sur l'utilité de la divination, l'auteur oppose une affirmation tranchante. « La divine mantique, présent des dieux mêmes, nous a été donnée comme le seul préservatif contre les maux de la vie, et il n'y a pas d'autre voie qui conduise vers la félicité... » La divination est produite par unQ lumière intérieure que Dieu fait briHpr dans l'itme et non par des signes extérieurs. Du moins, la divination par les entrailles est considérée comme de qualité inférieure et desservie par des génies du dernier ordre*. L'astrologie est tenue en médiocre estime, ce qui paraît quelque peu en désaccord, sinon avec le système, au moins avec l'opinion personnelle de lamblique. L'art augurai est plus apprécié. L'auteur explique que les oiseaux auguraux sont mus par une série de causes qui les rattachent, comme par une chaîne ininterrompue, à la divinité : leur ame d'abord, le génie des âmes, Tair, le ciel, et enfin le moteur suprême. Dieu lui-même'. L'auteur s'élève avec force contre les charlatans qui font voir de fausses images des dieux dans
\) Procl. In Tim., IV, 2i0, 287. InCraiyl, 106. — 2) Iamblich. Mtjsler., VI, a. — 3) ÎAMBUce. Mysler.j III, IG.