‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 59 sur 149 · ALLEGORIES ET ACTES SYMBOLIQUES · texte numérisé non relu

ALLEGORIES ET ACTES SYMBOLIQUES

cache (l'aile droite?), il est droit; s'il lève Taile gauche qu'il la lève ou la cache, il est sinistre. S'il vole de gauche à droite et qu'il se dresse en cachant (l'aile), il est sinistre ; mais si, ayant levé l'aile droite'...» La leçon de discipline augurale se trouve ici interrompue pour nous, et l'on ne trouve rien, dans les indications vagues des historiens, qui nous permette de reconstituer la science disparue des ornithoscopes. On voit bien, dansPlutarque*, un oiseau de mauvais augure lever l'aile gauche et étendre la patte du même côté, mais nous ne pouvons que soupçonner l'infinie variété des observations possibles en ce qui concerne 1' «énergie » ou activité des oiseaux mantiques.

S'agit-il du siège? En-dehors des constatations relatives à la position de l'animal observé, les devins distinguaient les oiseaux synèdres ou pacifiques et les oiseaux dièdres ou ennemis les uns des autres, et ils tiraient des présages de l'apparition simultanée de ces espèces*. Ainsi, lorsque le Tirésias de Sophocle entend une mêlée d'oiseaux qui se déchirent entre eux, il en tire un pronosticr fâcheux*, suivant en cela une analogie naturelle qui -a dû prendre place parmi les règles de l'art.

Nous n'avons pas à nous occuper des cas tératologiques. Dans ces occurrences, le bon sens suppléait à la méthode et avertissait que toute dérogation aux lois de la nature a chance d'être un mauvais présage*.

La divination par les oiseaux ne fut guère pratiquée que par les devins libres. Elle a été la méthode principale de l'âge héroïque, qui se contentait de l'ornithomancie et de l'oniro-

1) Voici le texte donné par Bœckh : . . .r^fx {xiv dicoxptj^T), Bgit<>(, ?jv os licdifT] Tf|V 8Mi^vu{iov TTzi^-^OLf xSv ânoxp'jtjiT) , eùcovu[io;. ly ^^ '^? ipiTcepijç l( x^v 8£Çit]v nst6(ievoç, 7^(1 {ièv ?6bç d^oxpu'l?], eO(£>vu(jM)c, ?|V $i tt]v oeÇi7)v Trcépuya {Tcdfpaç..; {CoTTp. Inscr. Grxc, 2953). — 2) Plut. Tib. Gracch., il. — 3) Aristt. H. Anim., IX, 1. ScHOL. ifCscuYL. Pronielh., 48i. — 4) Sophocl. Ânlig,, 1000 sqq. — 5) Plut. Brut, rai, y uU, 7.

mancie. « Celui-là est heureux, dit encore Hésiode, qui distingue les oiseaux et évite les péchés*. A Tépoque historique, la prépondérance des oracles qui, après avoir peut-être usé de cette ressource*. Pavaient abandonnée, et la supériorité reconnue de l'extispicine avaient réduit Tobservation augurale à n'être plus qu'une spécialité d'un intérêt secondaire qui se survivait à elle-même dans quelques coutumes locales, par exemple, dans les pratiques des devins de Skiron, près d'Athènes*. De là, l'indigence des témoignages dont l'archéologie dispose aujourd'hui. La science augurale des Tirésias et desCalchas était déjà une science morte pour les anciens historiens eux-mêmes. Les tables de signes que Manto avait dressées, dit-on, sous la dictée de Tirésias étaient retournées dans le pays des légendes*.

L*ornithomancie se releva pourtant, lorsque le vide se fit autour des oracles et que Pesprit pythagoricien, rajeuni par la philosophie de la décadence, fit prendre en dégoût les procédés de l'extispicine. La foi aux métempsycoses ornithogoniques mit à la disposition dès croyants un argument nouveau. Comment dédaigner les présages apportés par le corbeau quand on savait que le grand Aristeas de Proconnèse était apparu sous cette forme aux Métapontins'? On en revint donc aux hôtes de l'air, dont on vanta le bonheur et la pureté, en tâchant de donner le beau rôle aux oiseaux inoffensifs et de reléguer parmi les oiseaux de mauvais augure les carnassiers.

Mais il fallut reconstituer à nouveaux frais et à grand

Hesiod. 0pp. et dies^ 824-826. — 2) V. C. Bcettichee, l'Orneoscopia nella mantica di Dsl/b (Ânnali deir Instit. [Rom.] di Gormpond. archeolog. XXXHI [1861], p. 243-257), ayec la réfutation de F. Wiesele» (ibid. p. 356-365). — 3) Phkrecrat. ap. Phot. Lex. s, v. 2x{^v. Cependant, sous la plume d*Hippocrate, dmnn ((a^vtiç) est encore synonyme d'augure (o{b>voox6ieoc). — 4) Scbol. JEscHTL. Sept.^ 25. Eorip. PA<Knm.,845. —5) Voy., toI. H, Devins et Chresmologues, ^

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renfort d'érudition une méthode oubliée. De nombreux auteurs, Apeiies, Athénée, Chœremon, . Artémidore, Phocas, et d'autres « célèbres augures* » écrivirent sur la matière, combinant sans doute des rites de toute provenance et mettant à contribution l'Italie, la Phrygie, l'Arabie, la Cilicie, la Pisidie, et même la Chaldée. De là, par exemple, ce procédé mixte, composé d'ornithomancie et d'extispicine, qui est si connu des chroniqueurs byzantins et qui consiste à découper les chairs des victimes pour les laisser emporter par des oiseaux de proie. Cette méthode s'appliquait particulièrement bien aux fondations de villes, le lieu d'élection étant déterminé par la chute de^la proie. C'est ainsi, disait-on, qu'avait été choisi remplacement de Séleucie, celui d'Antioche, de Byzance et de mainte autre cité*. L'ornithomancie pouvait former avec l'astrologie des combinaisons sans nombre et quelques-unes au moins durent être essayées*. Ce zèle érudit ne prouve pas que l'art augurai soit jamais redevenu populaire % mais il lui fit des funérailles dignes de son passé.

Les pratiques de l'ornithomancie nationale avaient pour but l'observation des actes spontanés et ne dirigeaient pas artificiellement les manifestations de l'instinct. On ne trouve en Grèce rien d'analogue aux poulets sacrés de Rome, dont un jeûne préalable pouvait augmenter l'appétit et qu'on mettait en présence d'une nourriture préparée. Les oiseaux nourris au Prjrtanée n'ont jamais existé que dans l'imagination desérudits qui ont mal interprété une scolie d'Aristophane.

i) Galen. loc. cit. Sans compter les oayrages apocryphes attribués aux héros Télégonos et Mopsos. — 2) V07. les chroniques de Malala, Godinus, etc. — 3) G'est dans des livres « horoscopiques, » s'il en faut croire Fulgence (Mylh,f 1, 12), que se trouvaient analysés les soixante-quatre cris du corbeau. 4) Le vautour et le corbeau restent encore, pour Man. Philès, des oiseaux mant'qnes. [De propr. anim., 115, 467.) — 4) Schol. Aristoph. iVufr., 338« Spanhkh. ad Gallim. Palladi lamcr.^ 123. (II, p. 703, éd. Eroesti.)

Les devins grecs n'essayaient pas non plus de lancer des oiseaux, comme paraissent l'avoir fait les Étrusques. Lorsque les Argonautes d'Apollonius de Rhodes lancent des colombes à travers les Symplégades, c'est pour expérimenter si leur vol rapide pourra les soustraire à la terrible étreinte de ces rochers mobiles et si Argo pourra franchir comme elles l'obstacle. Quant à la colombe de Deucalion, elle n'est pas plus fatidique que celle de Noé.

Cependant les plus anciennes traditions parlent d'un moyen employé pour faciliter les observations augurales. Eschyle appelle Tirésias le « nourrisseur d'oiseaux (oîwvwv 3otïîp) *, » et rion d'Euripide distribue de la nourriture aux oiseaux du Parnasse. C'était un acheminement à des procédés dans lesquels l'instinct animal reste libre, mais se trouve singulièrement enserré daiis un réseau de combinaisons humaines. Ces procédés pouvaient être variés à l'infini, mais celui que nous connaissons, Valectryonomancie ou divination par les coqs [*], doit être le plus perfectionné de tous.

La Grèce avait toujours montré pour cet oiseau courageux, dont le cri faisait, dit-on, fuir le lion lui-même, une sorte de prédilection. Les combats de coqs passionnaient les Athéniens d'autrefois, comme les Anglais d'aujourd'hui, et Ton disait même que Thémistocle avait, mis ce spectacle sous les yeux des soldats qui allaient repousser l'invasion médique, pour les encourager à vaincre. Le coq passait aussi pour posséder un instinct divinatoire naturel qui lui faisait pressentir les perturbations atmosphériques. De là, par analogie, cette idée populaire que le cri du coq, entendu le jour des noces, présageait des orages domestiques*. Le sacrifice

4) i£scHYL. Sepl,^ 24. Cf. Sophocl., Aniig, iOOO. Schol. Triclin. Ibid, [*] Pr-ktorius. Alectryomaniia. Francof., 1681. R. Kœhler. VAleitryonophore^ statue antique, St-Péiersb., 1835. Gedrenus écrit dXsxTopopâviefa. 2) Terent. Phorm.f IV, 4, 30.

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d'un coq avait, dans certaines localités, la réputation de protéger les vignobles ou de détourner la grêle*. La magie et la mantique se disputaient ainsi cet oiseau qui ne manqua pas de jouer un grand rôle dans les rites magiques, théurgiques et divinatoires de la décadence*.

On finit par obtenir du coq de véritables oracles en langage humain, par l'artifice suivant, qui constitue l'alectrj'onomancie proprement dite. On traçait sur le sol un cercle autour duquel étaient disposés les signes de l'alphabet. Sur chacun de ces signes était placé un grain de blé ou d'orge ou tout autre appât que l'on renouvelait au fur et à mesure. On introduisait ensuite dans le cercle un coq pi^éalablement dressé et consacré qui, une fois livré à lui-même, allait picorant çà et là et indiquait ainsi les lettres dont se composait la réponse divine à une question posée. C'est de cette manière que Libanius et lamblique, voulant savoir quel serait le successeur de Valons, obtinrent les premières lettres de Théodose', résultat identique à celui que certains mécontents obtinrent à lamême époque d'un bassin magique disposé comme le cercle employé en alectryonomancie*.

Ce rapprochement indique la nature de la méthode qui nous occupe. Elle n'est pas issue de l'ornithoscopie, mais de la divination cléromantique. Le coq remplace simplement la main qui tire les sorts ou l'anneau qui va heurter les lettres sur le bassin magique. C'est un composé hybride de deux procédés peu faits pour se confondre, invention de ces siècles oisifs et malheureux où tout, jusqu'à l'espérance, portait la trace du mal secret qui minait la raison elle-même.

i) Sb.n. Quœst. Nat.,l\, 6, i. Pausan., If, 34, 3. — 2) V. G. Wolff. De phU. ex orac. haur.^ p. 190. On peut môme soupçonner rezlstence d*un oracle alecirjonomantique en Crète, où les coqs de Tlda étaient célèbres. (Voy., Tol. II, Oracle de Éeus Helkanos) — 3)Gedren., 11, p. 348, éd. Bonn. — 4) Amii. Mabc, XXIX, i, ZosiM., IV, 13-14. Voy., ci-dessous, Bac^y^tomancte. Un certain Théodore se crut par là appelé à l'empire.

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