‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 72 sur 149 · DIVINATION MAGIQUE · texte numérisé non relu

DIVINATION MAGIQUE

ment, un certain nombre de pratiques singulières. On serait fort en peine de dire comment Ton traitait les fromages sur lesquels expérimentait la tyromancie (Tupo{iavTe(a — tupt<wo|i«vT£(ûi)', et il est inutile de hasarder des hypothèses sur un pareil sujet.

Les vibrations ou oscillations d'une hache plantée dans un poteau constituaient la matière de Vaxinomancie (d&voiJtavTe{a), divinatiou importée en Europe par les mages orientaux* : la sphondyloniancie (açovSuXojxavTtfa) observait le mouvement d^une boule, d'une vertèbre, d'un fuseau', etc.... La coskinomancie (xoaxîvoixavtela) ou divination par le crible est déjà connue des bergers de Théocrite. Elle consistait à faire tourner un crible, suspendu à un fll ou posé sur une pointe, avec Tintention d'interpréter soit son allure, soit* le temps d'arrêt et son orientation à ce moment*. La>d(wtylio^ mande ou divination par les anneaux pouvait être pratiquée suivant des rites plus ou moins ingénieux, depuis la sonorité spontanée des anneaux qui révélaient l'avenir au tyran phocéen Exêkestide*, jusqu'au procédé savant qui a déjà été indiqué à propos de l'alectryonomancie, et qui consistait à faire osciller un anneau suspendu à un fil au-dessus d'un bassin circulaire portant gravées sur son contour les lettres de l'alphabet. Un anneau frappant un certain nombre de coups sur le paroi du vase pouvait remplir le même office.

Le plus souvent ces anneaux tenaient leur vertu divinatoire des pierres qui y étaient enchâssées. Les pierres précieuses, en effet, ou celles que le caprice de la superstition avait revêtues d'une dignité analogue, ont tenu une grande place dans l'histoire des sciences occultes. Pline leur a consacré les deux derniers livres de son Histoire naturelle^ résumé d'une quantité d'ouvrages spéciaux. Le Pseudo-Plu-

\) Artemid. Onirocrit,, W. 69. — 2) Plin., XXX, i, 14; XXXVI, 19. 3i. — 3)PoLLCX, Vlï, 188. — 4) Theocr , II(, 31. Pollux. Ibid. ARTEiiro., 11,69, Anecd.Bekk.y^, il93. — 5) Aristt. ap. Clem. Alex. 5/rom,,I, p. 334.

tarque ne cite pas moins de sept auteurs ayant écrit des traités sur les pierres*, et Ton sait que le moyen âge, représenté par Isidore deSéville et Marbod*, recueillit pieusement les épaves de cette littérature des Lithica. Heureusement, nous pouvons laisser tous les contes ineptes accumulés sur ce sujet à l'histoire de la magie. Les pierres sont avant tout des amulettes' magiques et ne servent que par surcroît à la divination. S'il y avait des pierres capables de guérir tous les maux, d'arrêter le cours des fleuves ou de détourner les tempêtes, il s'en trouvait bien aussi qui, portées au cou ou mises sous la langue, produisaient l'enthousiasme prophétique. A plus forte raison pouvaient-elles servir d'instruments de divination conjecturale {lithomnncie). On racontait, par exemple, que les Mysiens, pour savoir si la récolte de l'année serait abondante, se servaient de petites pierres noires, qu'une espèce de pavot produisait en guise de graines. « Si l'année doit être stérile, ces objets restent immobiles dans les endroits oîi on les a jetés; mais, s'il doit y avoir une récolte abondante, ils bondissent comme des sauterelles*. »

Ce dernier procédé rappelle la lithobolie cléromantique doAt il sera question plus loin. On jetait parfois aussi des pierres précieuses ou des métaux dans un bassin pour apprécier le son fatidique produit par le choc, ou encore on se servait de pierres qui devenaient lourdes ou légères suivant la réponse '. On vérifiait le changement de poids, soit à la main, soit en les jetant dans l'eau.

Mais nous sortons ici de la lithomancie pour entrer dans la divination par les bassins ou lécanomancie (XcxavofjLovieU) • qui elle-même fait partie de la divination par les liquides ou

\) Ps.-Plut.Dc mont, et fluv, nomin,, 19, 20, 23, etc. — 2) Voy. C. Ferry, D« Marhodi vita et carminibus. Nemaus. 1877.— 3) Cf. Lenormant. Art. Baeiylia. (Dict. des Àntiqq. de Daremberg et Saglio.)— 4) Ps.-Plut. Op. cit., 21, 2.— 5) Celait là « l'oracle d'Apollon » de la vieille Eubalé dont parle répigramme d'Antipbîle. (Anthol. Palat. IX, 263.) — 6) Tzetz. Ad Lycophr. Ales.^ 813.

LÊCANOMANCIE CONJECTURALE 185

Aydromancie. La lécanomancie, sous sa forme iaductive, se réduit à peu de chose : de Teau, ou du vin et deThuile agités ensemble, de Teau dans laquelle on jetait des pierres, ou sur laquelle on observait le reflet des rayons lumineux, étaient des moyens bien mesquins d'interroger l'avenir': mais la lécanomancie intuitive, par laquelle on évoquait les génies, tient une place plus considérable dans l'histoire de la divination magique*. Le procédé que décrit Psellus' flotte indécis entre les deux genres. « On a sous les yeux un bassin rempli d'une eau prophétique et qui indique, par sa forme propre, le penchant des génies pour les cavités. L'eau que Ton verse dans le vase ne diffère point, par essence, des autres eaux analogues ; mais les cérémonies et les incantations que l'on accomplit au-dessus du vase qui la renferme, la rend susceptible de recevoir le souffle prophétique. Cette force divine sort de la terre et n'a qu'une action partielle : lorsqu'elle pénètre dans l'eau, elle produit d'abord, au moment où elle s'y introduit, un bruit auquel les assistants ne peuvent trouver de sens; puis, répandue dans le liquide, elle y fait entendre certains sons confus d'où l'on tire des indices pour la connaissance de l'avenir. Ce souffle, appartenant au monde matériel, garde toujours un caractère incertain et obscur, et c'est à dessein que les devins exploitent ces sons légers et confus, afin que, grâce au vague même de ces bruits, ils puissent éviter d'être jamais convaincus de mensonge. »

I) Voy. PsELL. De op, Dœnion.,^. 42. Iauulicm. Myst., III^ 44. Jo ne cite Ici que pour mémoire une certaine onychomancie qui consistait à observer les dessins formés spontanément par du noir de fumée délayé dans de l'huile sur Tongle d*un enfant; une crystallomaiicie utilisant les reflets d'un verre poli ou peut-èlre le groupement des aiguilles de la glace snr les vitres ; une aéromancie spéciale, ébuUition spontanée de l'eau provoquée par ceriaines formules, etc La liste de ces belles inventions serait

interminable. La catoptroniancie, ieWe qu'on la pratiquait à Palree*(voI. Il, Oracles de Gœa et de Déméter), est plutôt une méthode intuitive.— 2) Voy., cidessous, le chapitre ie la nécrommciCf — 3) Psellus. De Op, Daem,j p. 42,

Cette méthode est comme une contrefaçon de la divination enthousiaste; le bassin hanté par l'esprit divin joue exactement le rôle de la pythie sur son trépied*,

La divination par Peau mérite une attention particulière. Ce n'est pas qu'elle ait conservé une grande vogue dans la Grèce historique, à une époque otl l'on avait souvent oublié le fonds primitif des rites divinatoires pour les formes artificielles dont on les avait surchargés*. Mais l'eau a été à l'origine, pour les Grecs comme pour tous les peuples connus, l'élément générateur par excellence et conséquemment le principe de l'intelligence aussi bien que de l'être, l'instrument et le véhicule nécessaire de la révélation. C'est à la mythologie comparée d'expliquer l'unité remarquable de cette croyance chez des peuples d'origine très-diverse et de nous dire s'ils sont arrivés par les mêmes associations d'iodées à des conclusions identiques.

En Egypte, le chaos humide est la matière d'où s'engendre éternellement le grand Dieu qui éclaire le monde, Râ, l'intelligence suprême dont l'œil pénètre ^n tous lieux; la religion babylonienne tire du tSein de la mer des révélateurs ichthyomorphes ; l'Hindou accueille l'eau comme une bénédiction versée par les troupeaux célestes des nuages et toute chargée de force vitale ; l'Hellène voit dans l'Océan, père des fleuves et des sources vives, l'origine de tous les êtres vivants et pensants '.

1) M. G. Perrot, à qui j*empraiite la traduction qai précède, a reconnu, dans les p^iintures du Palatin, deux fcènes de divination lécanomantique. (G. Pkrrot, Mâm, d'archéologie, d'épigraphie et d'histoin^ 1875, p. 123-137, pi. VIII.) La première serait conforme aux indications de Psellus : la seconde it^prcseuterait une combinaison de la dactyliomancie avec la lécanomancie, op<^rée au moyen d*nn anneau frappant la paroi d*un vase hjdromantique. Les conjectures du savaot archéoloi^ue sont des plus vraisemblables. — 2) Le s"ns des traditions s'était si bien obscurci qu'Ovide fait prviphétiser une nymphe, c/est-à-dire une divinité des eaux, par « le feu étbéré. » (OviD. Past,, ï, 473.) — 3} Cette idée pàs«e, presque sans altération,

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