VALEUR MORALE DE LA DIVINATION
envisagés à ce point de vue, devenaient, pour leurs adorateurs, non plus des créanciers exigeants ou des abstractions indifférentes, mais des conseillers bienveillants, dont la voix signalait, au moment utile, le prix de l'occasion présente, les secrets du passé ou les pièges de l'avenir. Les Grecs appelaient numtiqtte et les Latins divination cette lumière divine qui s'ajoutait, comme une faculté nouvelle, à l'entendement humain '.
Sans la divination, les religions gréco-italiques, soutenues par le seul effort de l'imagination qui les avait enfantées, se seraient de bonne heure affaissées dans le vide de leurs doctrines. Elles auraient subi le sort des théories qui éveil-? lent des besoins sans les satisfaire, et qui succombent sous le poids de leur inutilité pratique. La divination constituait le bénélBca le plus net que pussent tirer de leur religion des peuples énergiques et fiers comme les Grecs et les Romains. Ceux-là ne plaçaient point en-dehors de l'existence terrestre le but de la vie humaine et n'entendaient point s'endormir dans la résignation paresseuse des races amollies qui demandent à leurs dieux d'agir à leur place. Rien, par conséquent, ne répondait mieux à leurs désirs qu'une source toujours ouverte de renseignements applicables à la conduite de la vie, de conseils qui ne dégénéraient point, en ordres et ne supprimaient point Tinitiative personnelle.
La foi à la divination n'était point le produit des légendes mythologiques, instable et caduc comme elles ; elle avait, au contraire, présidé à leur enfantement, et il lui suffit long-
i) MarUique ((jL2VTtxt() est un adjectif 5e rapportant à un substantif sousentenda, êdmee ou art (lici9Ti{(M^ix^)* ^^ ^*^^ connaît point d'autre étymologie que celle de Platon, qui dériye (iavtixi) de [unIol signifiant délire^ fureur (de la racine |jLtvon {aov. Cf. 6. Gurtius. Grundsûge dergriech. ElymoL^ p. 275.) n fallut rérnditi'»n cosmopolite de Ja décadence pour imagluer un rapport avec le c Babylonien Manès, » qui n'a rien à faire dans la question. Cicéron {Divin.^ I, i) fait ressortir la supériorité du mot latin divinatiOy qui signifie connaisfcance venue des dieux.
temps, pour les maintenir eu crédit, de confondre sâ cause avec la leur. Elle faisait partie intégrante de la religion, mais sans être liée à aucune tradition particulière. Elle était inhérente au sentiment religieux lui-même et non point à la forme changeante de ses manifestations. On peut même dire que sa puissance s'accrut à mesure que le polythéisme épuisé eut phis besoin de son appui, et qu'elle pénétra chaque jour plus avant dans la conscience individuelle. Les devins de l'âge héroïque provoquaient déjà les résolutions des héros et guidaient le mouvement des armées : plus tard, la Grèce vit encore avec orgueil les princes étrangers eux-mêmes, les mains chargées de riches présents, grossir la clientèle de ses oracles; et, quand les bouleversements politiques, les déplacements d'influence, l'eflFet inévitable du temps, eurent mis un terme à ce concours, la foi à la divination, pour être moins pompeusement affirmée, n'en fut pas moins ferme et moins universelle.
Après avoir inspiré les poètes, elle tenait tête, dans les écoles philosophiques, à l'audace du libre examen, et la réalité de la révélation, dont bien peu osaient douter, démontrait l'existence des dieux, croyance dont plus d'un système se serait aisément passé. En même temps, la multiplication des méthodes divinatoires faisait, sans doute, délaisser les plus raisonnables et les plus solennelles au profit des plus commodes et des plus mesquines, mais elle mettait la divination à la portée de tous et développait le besoin du surnaturel. Aussi, lorsque les croyances traditionnelles, un instant dédaignées par les esprits cultivés, furent menacées par des religions rivales, ce fut encore la foi en la « divine mantique » qui, remontant du vulgaire aux hautes classes, soutint le dernier combat livré pour la défense des cultes nationaux. Le polythéisme gréco-romain se couvrait de ses devins, de ses oracles et de ses sibylles; il attestait ainsi