PRÉFACE
L'Introduction qu'on lira plus loin doit faire connaître la nature et apprécier Timportance d'un sujet dont quatre volumes n'auront pas, je crois, épuisé la richesse. Je me contenterai ici de préciser les promesses, nécessairement un peu vagues, du titre donné à cet ouvrage.
Écrire Thistoire de la divination gréco-italique est une tâche qui a été abordée à diverses reprises et de divers côtés sans avoir jamais été menée, d'après un plan d'ensemble, jusqu'à son entier achèvement. Cela tient, sans doute, à ce que l'œuvre est laborieuse et qu'aux uns a manqué le temps, aux autres la patience ; mais il en faut surtout chercher la raison dans la complexité d'un sujet qui appartient, par portions égales, à la philosophie, à l'histoire, à l'archéologie. Ce défaut d'unité est, il est vrai, plus apparent que réel. Il n'y a nulle incohérence logique là oU tout procède d'une même foi, d'une idée dominante; mais il est peut-être impossible d'éviter que l'étude des divers aspects de la divination n'oblige le lecteur à passer d'un point de vue à un autre, et ne l'expose à perdre en route la notion de Fensemble. Que serarce si ces recherches, dont il est si difficile de rapprocher et de coordonner les résultats, i>ortent à la fois sur plusieurs civilisations, sur des religions différentes et très-inégalement connues?
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J'ai cru, toutefois, que Tentreprise valait la peine d'être tentée et que le rapprochement, sans confusion, des rites grecs, étrusques, romains, loin de distraire ou d'égarer l'attention par la multiplicité des détails, ferait mieux ressortir la remarquable unité des principes. Il m'a semblé qu'on pouvait tour à tour exposer des théories générales, analyser et classifier des méthodes, enchaîner, suivant un ordre qui n'est pas celui de la chronologie, une série d'études historiques sur des institutions indépendantes les unes des autres, appliquer ce procédé d'investigation aux peuples de la Grèce et de l'Italie, et donner à la somme des résultats acquis le titre A' Histoire de la divination dans F antiquité^ c'est-à-dire histoire d'une croyance religieuse partout identique à elle-même sous la variété de ses effets, mais étudiée exclusivement chez les peuples qui constituent pour nous V antiquité classique.
Pour traiter un sujet aussi vaste, il a fallu en rejeter tout ce qui n'y était pas indispensable. Le but étant de dresser un inventaire exact, avec renvois aux documents, des théories suscitées, des recettes imaginées, des institutions fondées en vue de satisfaire le besoin de connaître l'avenir par voie surnaturelle, je me suis interdit tout d'abord de sortir de ce dessein déjà trop vaste, soit pour retrouver au dehors les origines historiques ou préhistoriques des pratiques divinatoires, soit pour constater la persistance de ces pratiques après la décadence et la ruine de l'ancienne civihsation grécoromaine. J'ai laissé, aux anthropologistes, aux voyageurs, aux émdits qui fouillent l'Egypte, l'Orient ou le moyen âge, le soin de prolonger en tous sens des recherches auxquelles je serai heureux d'avoir fourni un appoint.
Il est encore un autre ordre d'idées que j'ai eu soin d'écarter de ma route, je veux dire les fastidieuses appréciations que les savants d'autrefois se croyaient obligés de
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formuler sur le plus ou moins de sincérité des devins ou des oracles, sur la candeur de leurs clients, et sur les artifices qui pouvaient accréditer, des siècles durant, des prétentions ridicules. S11 est trop tôt peut-être pour traiter les questions que j'indiquais tout à Theure, il est trop tard pour discuter longuement celle-ci. Elle n'était intéressante que lorsqu'elle servait de prétexte à un conflit de passions actuelles; les uns voyant dans les pratiques divinatoires des machinations diaboliques, et les autres, des impostures de prêtres efirontés. C'est une vérité banale aujourd'hui que les créations du sentiment religieux ont, comme toutes choses, leur jeunesse, pleine d'énergie et de séduction, un âge où la foi qui les accepte est sincère. Les croyances, quelles qu'elles soient, ne paraissent déraisoimables et n'ont besoin de l'hypocrisie que quand elles sont délaissées par l'opinion. Van Dale faisait œuvre utile quand il débarrassait l'histoire de la divination païenne des démons qu'y avait installés la théologie traditionnelle : il allait trop loin quand il les remplaçait partout par des charlatans habiles.
Notre curiosité n'a plus ces allures belliqueuses. Elle ne demande plus aux sciences naturelles l'explication de tous les phénomènes prodigieux invoqués par les € sciences occultes, > comme faisait encore, il y a cinquante ans, E. Salverte, représentant attardé de la tradition évhémériste en faveur au siècle dernier. On n'a pas besoin d'expulser le merveilleux du domaine de la raison, puisqu'il est la négation même de l'ordre rationnel et que son intervention rendrait le monde inintelligible; mais il ne faut pas essayer non plus de le poursuivre sur le domaine du sentiment. Là, il est chez lui et peut défier les efforts d'une puissance qu'il ne reconnaît pas. On ne trouvera donc ici, en fait d'appréciations portant sur la valeur intrinsèque des conceptions religieuses de l'an-