DIFFUSION DES DOCTRINES ASTROLOGIQUES
nouvelles, toute la mythologie». Les philosophes justifiaient par des théories séduisantes, renouvelées de Platon, les superstitions astrologiques. On enseignait que les âmes, avant de descendre sur la terre, parcourent les sphères célestes, empruntant à chaque planète des éléments qu'elles lui rendent après la mort, en remontant vers Tempyrée*,
Le christianisme attaqua vigoureusement l'astrologie, comme étant une doctrine fataliste qui supprimait la Providence libre pour la remplacer par la nécessité •. Mais il lui fut difficile de trouver des arguments nouveaux, et l'astrologie fit des recrues jusque dans le camp de ses adversaires. Les docteurs de l'Église se fatiguent à compter toutes les hérésies qui durent leur origine aux superstitions astrologiques combinées avec les dogmes des chrétiens*. L'attente de la fin du monde, attente transformée, par ses déceptions mêmes, en curiosité inquiète, courant après tous les subterfuges, eût suffi à elle seule pour pousser les chrétiens aux supputations mathématiques. Saint Augustin s'éleva à son tour contre l'astrologie', mais il ne lui enleva le nom de science que pour en faire un prétexte à révélations diaboliques maintes fois trouvées « admirablement vraies. > Il n'empêcha même pas qu^un peu d'astrologie ne fût compatible avec une parfaite orthodoxie. Orose, son familier, croit que les quatre empires de Daniel correspondent aux quatre points cardinaux, et il donne lui-même sept livres à son histoire, parce
(FiaMic, Vly 26. 3i.) L'horoscope ou thème du monde (Firhic, III, 1) permettait même de prévoir les révolutions et la fin de Tunivers. — 1) Voy. Ldcian. AstroL Ahtemid., IV, 47. — 2) SERv,^n.,XI, 51. L*astrologie devint «un membre de la philosophie. » (Sioon. Apoll., Carm,, xxii, Pr^pf.) — 3) « Si Dieu est juste, dit saint Ëphrem {Carmin. Nùiben., lxxii, 16), il ne peut établir des astres généthliaque?, en vertu desquels les hommes deviendraient nécessair émeut pécheurs. » Sans doute; mais on eût pu tourner aussi bien cette protestation du sentiment de la justice contre la théorie du péché oriçinel. — 4) Voy., Hippolyt. Ref, hsr,, IV, 1, 2. — 5) Dans la Cité de Dieu (V, i-7), et ailleurs, en passant. (Cf. De Gènes, ad liU,, H, 7.)
que ce nombre comprend tout». La semaine judéo-chrétienne resta la mesure obligatoire du temps et accueillit les noms des sept planètes. Enfin, on ne pouvait maudire trop haut la science des Chaldéens en songeant aux rois Mages*. Plus tard, les astrologues du moyen âge crurent et firent croire que leur art n'était en contradiction avec aucun article de foi, et, en effet, leur fatalisme, un peu adouci pa^des concessions prudentes', n'était pas plus contraire à la liberté humaine que les suggestions de la grâce ou celles du démon, dirigées suivant les desseins immuables de la Providence.
Mais les astrologues étaient plus faciles à atteindre que l'astrologie. Les empereurs chrétiens sévirent contre des hommes qui « font disparaître les rois en promettant Timpunité à leurs meurtriers et excitent les particuliers à des coups d'audace*. » La crainte fit faire aux théories astrologiques une singulière retouche. Firmicus Maternus, qui écrivait sous le règne de Constance, ne se contente pas de répéter, avec les édits impériaux, que nul ne doit chercher à connaître la destinée de l'empereur : pour mieux décourager les indiscrets, il prétend que l'empereur, seul de tous les humains, n'est pas soumis aux astres, parce qu'il est luimême un dieu, commis par l'Étre-Suprême au gouvernement du monde*. Il aurait pu dire, en s'inspirant de l'auteur des GéorgiqueSy que le prince est un astre en puissance ou une constellation future.
Ainsi, par un bizarre renversement de ses idées primitives, l'astrologie, qui jadis ne s'occupait pas du commun des hommes, semblait n'être plus faite que pour eux.
Mais il ne faut pas s'attarder plus que de raison à une ruse de guerre. La théorie de Firmicus n'eut aucune influence
i) Gros. IHsL, VIT, 2. — 2) Cels. ap. Orig. Contra Cels., I, 58. — 3) Cf. Taphorisme « Sapiens dominabitur astris, » — 4) Hippolyt. Ref, hstr.^ IV, i. Voy., vol. IV, la série des mesares coêrcilives édictées contra les pratiques divinatoires. — B) Firmic. Maihes.^ Il, 33.