TOIRK DE LA DIVINATION
La physiognomonîe ou morphoscopie pouvait se fonder sur des principes distincts de ceux de Tastrologie, et même rester sur le terrain des sciences naturelles en se bornant à constater des rapports réels entre les aptitudes intellectuelles ou morales et la forme des organes physiques. On ne dit pas que le physionomiste qui pénétra si bien le fond de la nature de Socrate* fût un astrologue, ni même un devin.
Mais ces appréciations raisonnées, qui pouvaient convenir aux philosophes et aux médecins, ne faisaient pas le compte du vulgaire, qui ne désire rien tant connaître que ce qu'il est impossible de savoir. L'astrologie tira de Tobscurité et protégea de sa renommée la morphoscopie extra^ scientifique : elle lui apprit à reconnaître dans l'aspect extérieur des organps les influences astrales qui y sont localisées ou le signe horoscopique dont le regard a modelé l'individu tout entier. Voici, par exemple, un portrait tracé par la
1) Voy.,ci-des8Ws,p. 175.
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morphoscopie astrologique. « Ceux qui naissent sous le Taureau répondront à ce type : tête ronde; cheveux abondants; front large ; yeux carrés, surmontés de sourcils grands et noirs, avec des yéines menues, mais de couleur rouge-sang dans le blanc; paupières amples et épaisses; oreilles longues; bouche ronde; nez large, avec narines arrondies; lèvres épaisses. Ils sont forts des membres supérieurs, mais faibles des jambes '. Voici leur tempérament : agréables, sensés, de bon caractère, pieux, justes, rustiques, bienveillants, travailleurs à partir de douze ans, querelleurs, lents. Leur estomac est petit et vite rassasié. Ils réfléchissent beaucoup, sont prudents, parcimonieux pour eux-mêmes, larges pour les autres, bienfaisants, de corpulence lourde. D'autre part, ils sont fâcheux, insoucieux de Tamitié, serviables par raison, malheureux*. »
Nous n'irons pas rechercher curieusement les combinaisons, réalisées ou seulement possibles, entre des superstitions faites pour s'entr'aider. Il suffira d'en signaler une qui résume, en quelque sorte, toutes les autres, la chiromancie ou chiroscopie [*].
La chiromancie pourrait se définir exactement l'art de trouver dans la main le thème généthliaque. Au lieu de dresser la carte du ciel au moment de la naissance, elle
i) Parce que le Taureau est an signe muiUé^ ne possédant qae la partie supérieure du corps.— 2) Hippol. Réf. haer., IV, 3. On peut voir, dans cet ouvrage, la galerie complète des types créés par la morphoscopie astrologique, d*après les signes du zodiaque, avec une incohérence et des contradictions calculée*.
[*] * Helbnus. XetpooxoTctxdE. (SniD. s. ▼. Xsipoox.)
* Abtbmidorus Daldianus. Xetpo(n(07ctxd. (Suid. s. v. 'Apre(xt8.) Le témoignage de Suidas parait suspect quaod on songe au peu de cas qu'Artémidore faisait de la cliiromancie.(Voj., ci-dessus, p. i75.) Cf. Tabulae chirominticae^ lineis,montibus, et tuberculis manus constitutionem hominum et fortunae vires ostendentes. Frducof. i6i3. G. G. Hobst, art. Chirologie, dans TEncyclopédie de Ersch et Gruber. Tome XVI [i827].
cherche à déchiffrer celle que les astres ont gravée dans la main de Thomme. Car ce sont les astres qui, faisant converger sur cette partie du corps leurs influences respectives, y ont laissé la trace visible de leur action. Pour reconnaître et mesurer ces influences, il fallut leur assigner des régions distinctes, ou des domiciles comparables aux domiciles célestes. Les signes du zodiaque sont exclus de la main au profit des planètes qui y occupent chacune un « mont » ou éminence correspondant, autant que possible, à la naissance d'un doigt. Ainsi Jupiter est logé à la base de l'index, Saturne à celle du médius, le Soleil à l'annulaire. Mercure au petit doigt et Vénus au pouce. La Lune est placée près du bord externe, au-dessous de Mercure. Quant à Mars, il installe sa tente guerrière au milieu de la cavea ou creux de la main. On connaît le sens heureux ou malheureux des influences planétaires à la disposition des « lignes » qui traversent les « monts. »
Les lignes sont l'objet spécial de Tobservation chiromantique. On distinguait cinq lignes principales qui se retrouvent dans toutes les mains, cinq lignes secondaires qui peuvent manquer chez certains individus, et une foule de lignes accidentelles. Dans chaque ligne, il faut considérer la qtmntitéy c'est-à-dire la longueur, la profondeur, et la direction rectiligne ou courbe; la qualité ou la couleur et l'aspect; Paction et la passion f c'est-à-dire les contacts et intersections qu'elle forme ou qu'elle subit, enfln le HeUy ou position par rapport aux autres parties de la main.
Aucun détail ne devait être négligé : les ramifications, embranchements, solutions do continuité, les marques en forme de croix et d'étoile semées sur le parcours des lignes étaient interprétés conformément aux règles de l'art, et c'est là souvent que le destin avait consigné ses plus importantes révélations.