SONGES DIVERS
enfants et les vieillards. Tous autresjpersonnages sont légitimement suspects. D'ailleurs, il conseille de ne pas torturer le sens des oracles cléromantiques, lorsqu'ils sont suffisamment clairspareux-mêmes.Sile sens est obscur, on se guide d'après le caractère général du poôme d'où l'oracle a été^extrait. Ainsi une sei*vante rêva qu'elle entendait un vers d'Euripide. Ce vers ne signifiait rien par lui-même, mais il était tiré d'Andromaque^ et la pauvre servante fut, comme Andromaque', victime de la jalousie de sa maîtresse \
La divination météorologique, dont l'art fulgural est la branche la plus importante, n'est pas non plus étrangère à l'onirocritique. Les foudres, bolides, comètes, arcs-^n-ciel, nuages, vents, tremblements de terre apparaissent aussi bien en songe que dans la réalité. Toutefois, l'onirocritique était ici plus à l'aise que le devin chargé d'interpréter des phénomènes réels, parce que son pronostic était restreint à la personne du songeur, tandis qu'un arc-en-ciel ou un tremble^ ment de terre véritable ne pouvaient avoir été ordonnés par la Providence en vue de fournir des présages à un seul indi-^ vidu. Cette réserve une fois faite, il est telle consultation onirocritique que l'on croirait rédigée par un météorologiste. < Un arc-en-ciel vu a droite est bon ; à gauche, mauvais. S'il est à droite ou à gauche en même temps, il faut s'orienter non d'après le spectateur, mais d'après le soleil. De toutes façons, c'est un présage heureux pour ceux qui sont dans une extrême pauvreté ou dans quelque autre malheur, parce que l'arc-en-ciel change l'état de l'atmosphère et que les malheureux ne peuvent que gagner • au changement*. » Il est tel cas, cependant, oit le signe vu en songe peut avoir sens opposé à celui qu'il aurait dans la réalité. Du moins, Nigidius Figulus soutenait t qu'un coup de foudre, même inoffensif, est, pour tout le monde, chose abominable, mais
i) AtTBlflD., IV, 59. - 2) ÀBTiElim., Il 36.
que ceux qui en étaient frappés en songe y trouvaient un présage excellent, annonçant une brillante fortune*. »
A l'égard de Tastrologie, Artémidore garde une attitude défiante. Il subit de mauvaise grâce la domination de cette puissante rivale de Tonirocritique, qui dénature et menace de supprimer toutes les autres méthodes. Lorsqu'il parle des devins dignes de foi, il distingue deux sortes d'astrologues; les astrologues proprement dits (iarspoaxéTroO auxquels il veut bien avoir confiance, et les « mathématiciens généthlialogues» sur lesquels il ajourne son jugement*. Onsedemande si Artémidore n'entend pas par là réserver pour les prédictions astronomiques une créance qu'il refuse aux faiseurs d'horoscopes, ou s'il désigne par mathématiciens généthlialogues les calculateurs qui retrouvaient dans les noms propres les données du thème généthliaque.
En tous cas, il est obligé d'accepter les principes de l'astrologie et de se faire sur ce point le disciple de ses rivaux. € Il faut juger, dit-il, chaque astre considéré isolément soit d'après sa couleur, soit d'après sa grandeur, ou d'après son mouvement ou suivant la forme de ce mouvement, si l'on ne veut se tromper. Ceci deviendrait beaucoup plus clair en étudiant un traité d'astéroscopie. Chacun des astres produit des effets en harmonie avec son énergie propre '.^Nous avons examiné d'assez près l'astrologie elle-même pour ne pas nous attarder au reflet qu'elle projette dans l'onirocritique. Nous ne relèverons qu'un détail curieux qui montre jusqu'où l'astrologie étendait ses conquêtes et ses arguments. Certains de ses partisans avaient imaginé de mettre la main sur le monde des rêves et d'y transporter les biens et les maux que les astres annonçaient mais ne pouvaient introduire dans la vie à l'état de réalité ; à peu près comme les théologiens placent dans la vie d'outre-tombe la rectification de tous les
I) lo. Ltdus, î>e oslentis^ 45. — 2) Artemid., H, 69. — 3) Artbvîd., Il, 36.