‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 139 sur 152 · L'AGE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

L'AGE HÉROÏQUE

Ils savaient que leurs champs seraient restés stériles si Démêter n'y eût apporté le blé, Athênè, Tolivier, et Dionysos, la vigne ; que les artisans suivaient de leur mieux les exemples du laborieux Héphaestos; que Zeus lui-même avait dicté à Minos les plus anciennes de leurs lois, et que les cérémonies du culte avaient été instituées sur la demande et selon le bon plaisir des dieux. Ceux qui, s'inspirant d'une tradition différente, doutaient du bon vouloir des Olympiens et se les représentaient comme plus préoccupés d'asservir l'espèce humaine que de lui venir en aide, n'imaginaient rien de mieux que de transporter à un dieu en révolte, le Titan Prométhée, l'honneur d'avoir donné le branle à la civilisation. De toute manière, la révélation directe dispensée sans intermédiaire et sans figures symboliques apparaît guidant les premiers pas de l'humanité.

Entre cet âge primitif où les dieux frayaient si complaisamment aveq les mortels et l'âge historique où on ne voyait plus que leurs images muettes, la légende avait établi une gradation qui nous montre précisément ce que nous cherchons, c'est-à-dire la révélation cessant peu à peu de s'adresser aux sens pour se trajisporter dans le domaine de la conscience.

Homère, qui mêle si volontiers les dieuxaux conseils, aux défis, aux batailles de ses héros, est déjà bien convaincu que les Immortels ne font plus à ses contemporains le même honneur. VOdyssée est plus sobre que VIliade en matière d'apparitions divines : les dieux ne sont plus guère visibles que pour leurs voisins, les heureux Phéaciens, et ils se déguisent même pour aborder les héros qu'ils veulent protéger. On sent venir le moment où la divinité ne parlera plus que par un instrument humain qu'elle animera de sa présencecachée. Rien ne serait changé au cours des choses dans VOdyssée^ si le Mentor qui accompagne Télémaque à Pylos, au lieu d'être Athênè ellemême, était le vieillard d'Ithaque inspiré et conseillé à chaque

instant par la déesse. Mais le poète s'en tient encore à la révélation perceptible aux sens, tout en côtoyant de très-près les théories qui allaient se produire avec tant d'éclat après lui. Pour ménager la transformation de la parole divine en révélation intérieure, il fallait supprimer la présence sensible des dieux et ne laisser arriver à Toreille que l'écho de leur voix affaibli, atténué à tel point que celui qui l'entendait ne sût plus s'il l'avait perçu par les sens ou par l'intelligence. C'est à peu près sur ce degré intermédiaire entre la révélation extérieure et la révélation intérieure que nous rencontrons la voix ou rumeur des dieux, divinisée elle-même sous le nom de Renommée ^ Cette voix, messagère deZeus, personne ne se souvient de l'avoir entendue; nul ne sait d'oît est tombée la révélation qu'elle apporte; et pourtant cette révélation circule avec une rapidité mystérieuse. On pourrait ne voir 1^ qu'une fiction poétique, et il n'y a, en effet, rien de miraculeux dans les manifestations qu'Homère attribue à cette voi xd'en-haut; mais un passage d'Hérodote montre bien que les Grecs trouvaient dans la Renommée un élément surnaturel. L'historien rapporte que la nouvelle de la victoire de Platée arriva le même jour à Mycale, et, s'il ne dit pas qu'elle fût apportée par la messagère de Zeus, il ne doute pas qu'il n'y ait eu, en cet incident, quelque chose de divin Ml fallait donc que ceux qui les premiers affirmèrent ce fait, ou eussent cru entendre une voix extérieure, ou eussent parlé d'instinct, obéissant à une inspiration intérieure.

1) *'0<Taa — 8{jLipTj — ou^ 3eoû — ç/j^wi 3eGv (HoM., Il, 93. Odyss., I, 282; XXIV, 413.) Voj, sur le sens de ces expressions homériques, Dœderlkir, Homer, Glossarium, Njegelsbach, Borner. Théologie^ et ci-dessus, p. 455. U va sans dire que la sénilité intellectuelle de la décadence ramène les vota; miraculeuses, perceptibles aux sens. Telle est celle qui, au temps de Tibère, annonça la mort du grand Pan^PLUTARCH. D^fecL orac, 17), c'est-à-dire, suivant l'interprétation chrétienne, du Christ-Dieu; ou celle qui cria on jour à (Pythagore traver5ant le fleuve Nessus ou le Caucase : Salut, Fythagore! jEltan. Var. ÏHst , II, 27. ïamdlich. VU, Pylhag., 28). — 2) Hehod., IX, 100.

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