ORIGINES DE LA CHRESMOLOGIE
florissantes, c'est-à-dire en des lieux où il devait être difficile d'accréditer des Actions rétrospectives; et pourtant, là aussi, l'origine des instituts mantiques se dérobe sous une végétation de légendes qui reculent la perspective jusqu'aux âges les plus lointains. Nous voici donc en face d'une période de trois ou quatre siècles, limitée d'un côté par les poèmes homériques, de l'autre, par la pleine lumière qui brille sur la fin du VI® siècle.' C'est là le champ qu'il faut explorer. Les récits d'Hérodote, si chargés qu'ils soient de contes édifiants, forgés dans les temples, nous permettent d'affirmer, sans trop d'hésitation, l'existence historique des pythies au temps de Périandre, fils de Kypsélos, c'est-à-dire vers la fin du \îi' siècle avant notre ère*. Le témoignage de l'historien aurait la même valeur pour l'époque de Lycurgue', que la chronologie traditionnelle place environ deux siècles plus haut, mais le caractère évidemment mythique de ce législateur nous avertit qu'il faudrait, pour aller jusque-là, quitter le terrain des réalités.
En revanche, les Rhètres ou lois attribuées à Lycurgue sont des documents réels, confiés à la mémoire du peuple Spartiate; et comme, suivant le témoignage unanime de toute la Grèce, ils émanaient de Delphes, le peu que nous en savons n'est pas un renseignement à négliger '. Or, ces sentences ou injonctions dictées au législateur par l'oracle étaient en prose. Plutarque l'affirme, en citant à l'appui de son dire des textes où l'on ne retrouve aucune trace de versification, et il n'y a aucune raison de révoquer en doute une assertion aussi précise *. Rien cependant n'eût été plus utile
1) Herod., V, 92. — 2) Heeod., I, 65. — 3) Voy. 0. MûUer, Die Dorier, I«, p. 135. C. W. Gœttling, Ueber die vier lykurgischen Rhelren (Gesamm. Abhandl., I, p. 317-352). —-4) « On admet souvent, dit 0. Mûller (ibid.) que les Rhètres ont été rédigées d*abord sous une forme métrique et chantées par la jeunesse : seulement te système a contre lui un témoignage irrécusable, d'après lequel Terpandre d'Antissa, le musicien si estimé des Spartiates, au-
que la forme poétique pour garantir de toute altération ces textes précieux que Lycurgue avait, dit-on, défendu d'écrire- On est ainsi amené à penser qu'à l'époque à laquelle on rapporte généralement la législation de Lycurgue, l'oracle de Pytho n'avait point encore adopté le langage rythmé; et, s'il est vrai, comme le prétendaient les traditions de l'oracle lui-même, que la première pythie ait parlé en vers, il résulterait de là que la divination cliresmologique n'était pas encore inaugurée sur le Parnasse à la fin du ix* siècle. Sans doute, ce n'est là qu'une conjecture étayée sur des vraisemblances dont aucune n'est susceptible de démonstration, mais elle n'est contredite par aucun fait, et elle explique très-bien le silence gardé sur l'enthousiasme mantique par les plus anciens poètes.
C'est donc dans le laps de temps qui va de la fin du IX* siècle à la moitié du vu* que les prêtres d'Apollon auraient créé la divination chresmologique. Nous ne rencontrons dans cette période, si agitée pourtant et si féconde, aucun fait qui permette une estimation plus exacte. Il est toutefois une légende où l'on serait tenté de reconnaître comme une allusion ingénieuse à Tévénement qui nous préoccupe. Au temps des sept Sages, qui formaient entre eux une association amicale étroitement unie à l'oracle de Delphes, un pêcheur de Cos retira de la mer un trépied d'or, La Pythie, consultée, commanda de le donner « au plus sage. » Le trépied que les Sept se renvoyaient de l'un à l'autre finit par être porté à Delphes et consacré à Apollon,
rait été le premier à les mettre en rythmes lyriques (IfiiXoKoCtjac).... » C. W. GœttliDg. {op, cit.<, p. 326), soutient l'opinion contraire. (1 pense qne Plat irqne exprime simplement une op nion per3)nnel!e, contestable et contestée par d'autres^et qa*en tont cas le texte des rhètres, qui n*était pas écrit au temps de Lycurgue, avait été bien iéflguré dans ce long intervalle. Ni l'un ni Tautre systô ne n'apportant d'arguments irréfutables, il vaut mieux s*en tenir aux textes.