‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 18 sur 152 · ANAXAGORE · texte numérisé non relu

ANAXAGORE

Le problème de la divination se posait dans de tout autres conditions pour Anaxagore, qui introduisit en Grèce Tidée d'un Esprit transcendant, c'est-à-dire distinct du monde dont il a été Tordonnateur. Il pouvait facilement convertir cet esprit (NoSç) en une Providence attentive qui aurait surveillé la marche des choses, en vue d'assurer la réalisation du plan général conçu par elle, et qui aurait efficacement dirigé par la révélation les volontés humaines. Il arrivait ainsi, par le plus court chemin, à une théorie de la mantique peu différente des idées généralement reçues.

Mais récole ionienne semble avoir été l'ennemie née du surnaturel. Anaxagore, continuateur des traditions de Thaïes, d'Anaximandre et d'Anaximène, n'a ajouté l'esprit aux forces mécaniques de la matière que pour s'expliquer l'origine du mouvement par une impulsion initiale. Cette impulsion une fois reçue, le monde marche de lui-même et le philosophe oublie en quelque sorte cet esprit, dont il détruit la personnalité en l'infusant dans toutes les parties du monde. Identifié au mouvement et dispersé en parties séparées les unes des autres, l'Esprit n'est guère capable d'une conscience générale et d'une action providentielle. Il ne mérite pas le nom de Dieu que, du reste, Anaxagore ne paraît pas lui avoir donné *.

Anaxagore supprimait donc la divination, avec la Providence, sans en donner de raison théorique, sans opposer à la foi populaire autre chose que sa résolution bien arrêtée de tenir le surnaturel en-dehors de la science. Aussi, ceux qui ne le jugent que- par ses théories peuvent ne pas le comprendre parmi les adversaires de la divination*, mais ses contemporains ne s'y trompaient pas. Plutarque nous a rapporté une discussion que le philosophe engagea devant Périclès avec le devin Lampon,au sujet d'un bélier unicorne,

i) E. Zelleb. Philos, der Griecheriy I«, p. 809. — 2) Cic. Divin., I, 3.

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né dans une métairie appartenant à Périclès*. Lampon voyait dans ce phénomène insolite un prodige annonçant la concentration de tous les pouvoirs entre les mains de Périclès. Anaxagore fit voir que cette anomalie tenait à une conformartion vicieuse du crâne. Le philosophe parut avoir raison; mais, comme le fait observer Plutarque, il ne détruisait pas de cette façon le principe sur lequel se fondait son adversaire, car il était possible que la Providence eût produit le cas tératologique par des moyens naturels, avec l'intention que lui prétait le devin.

Comme Thaïes, comme Phérécyde de Syros, Anaxagore fit des prédictions véridiques fondées sur la science de la nature ; mais, montrer la puissance de Tinduction scientifique n'était pas infirmer les résultats de la divination surnaturelle : c'était tout au plus diminuer le nombre des phénomènes regardés comme prodigieux.

Les sophistes, qui niaient la possibilité de connaître en général, ne paraissent pas avoir tenu la Providence et la révélation en-dehors de leur scepticisme. Il n'y a pas lieu de croire qu'ils aient vu dans la mantique autre chose qu'une foi sans preuves, dont l'éristique aurait eu raison en un instant.

Euripide, disciple d'Anaxagore et des sophistes, n'aimait pas davantage à compromettre dans le souci minutieux des aflaires humaines la dignité, d'ailleurs pour lui problématique, de la Providence. Quand il se substitue à ses héros, ce qui lui arrive trop souvent, il se plaît à démontrer, par des arguments rationnels, que l'art des devins ne mérite aucune confiance. Il affirme hardiment, par exemple, que tous les devins — et l'on peut ajouter, tous les oracles — qui ont excité l'ardeur belliqueuse des Achéens et des Troyens ont menti, car ils n'ont pas su découvrir que la véritable Hé-

i) Plct. PericLy 6.

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